• Ce portrait est consacré à Alexandra David-Néel,

    une femme qui adorait voyager

    et découvrir le monde.

     

    Portrait n°9 : Alexandra David-Néel, l'infatigable exploratrice

     

    Alexandra David-Néel, exploratrice et célèbre orientaliste. (© photo DR/montage Arielle KREBS)

     

    Je m'appelle

    Alexandra David-Néel.

    Je suis née

    À côté de Paris, à Saint-Mandé, le 24 octobre 1868.

     

     

    Alexandra David-Néel | As  a child she already was traumatized by the hars reality of her life, and since that young age  on she was in for adventure and escaping her intense sad reality. And she kept on doing so until retirement.:  

    Mon père, Louis David, est instituteur et journaliste.

     

    Ma mère est d'origine belge. 

     

    très croyante, elle voulait un garçon pour qu'il devienne prêtre.

    Alexandra David-Neel:  

    À ma naissance, elle a été très déçue et ne m'a jamais montré beaucoup d'affection.

    Alexandra, environ 68 ans

    Mes voyages

    Depuis toute petite, je suis fascinée par le voyage qui est synonyme de liberté. Je ne supporte pas l'idée d'être enfermée.

     

    D'ailleurs, jusqu'à ma majorité, je fais de nombreuses fugues pour échapper à mes parents.

    Très vite, je quitte la France, d'abord pour Londres.

    Puis grâce à mon métier de chanteuse, je voyage autour du monde. En 1900, je suis à Tunis.

     

     

    Alexandra David-Neel:

    Là-bas, je rencontre Philippe Néel, qui devient mon mari.

    Mais le mariage ne me convient pas.

     

    J'ai l'impression d'être emprisonnée.

     

    En 1911, je décide donc de partir pour l'Asie.

    Je visite le Népal, la Chine, le Japon.

     

     

    « Alexandra David-Néel en pèlerine - mendiante tibétaine portant sur le dos ses bagages, l'unique marmite composant toute sa batterie de cuisine et un soufflet tibétain fait d'une peau de chèvre pourvue d'un long tuyau, ustensile indispensable pour allumer le feu de bouse de yacks. C'est dans ce déguisement qu'elle réussit à pénétrer à Lhassa.

     

    « Alexandra David-Néel en pèlerine - mendiante tibétaine portant sur le dos ses bagages, l'unique marmite composant toute sa batterie de cuisine et un soufflet tibétain fait d'une peau de chèvre pourvue d'un long tuyau, ustensile indispensable pour allumer le feu de bouse de yacks.

    C'est dans ce déguisement qu'elle réussit à pénétrer à Lhassa.

     

    J'y reste 14 ans, jusqu'en 1924.

    Après un retour en France, je décide de repartir en Chine en 1937. En raison de la guerre qui éclate en 1939, je reste bloquée

    là-bas 9 ans.

    Au total, j'ai passé 23 ans en Asie.

     

    J'ai découvert les cultures des pays de ce continent magnifique et mystérieux.

    Born in Paris, Saint-Mandé, on October 24, 1868, Alexandra David-Néel died in Digne on September 8, 1969.

    Ma passion pour l'Asie

    Très jeune, je découvre le bouddhisme et les

    philosophies orientales.

    Ces religions me fascinent.

     

    D'ailleurs, je me convertis très rapidement au bouddhisme.

    Au cours de mes voyages, je vais même rencontrer le dalaï-lama, le chef spirituel des bouddhistes tibétains.

     

     

    Visiter l'Asie est extraordinaire.

    Je me vois comme une « reporter orientaliste ».

     

    Je suis persuadée que ma mission est de transmettre au monde les beautés du Tibet et ses enseignements.

    Sidkéong Tulku Namgyal, né en 1879,fut le chef spirituel, ainsi que, pour une brève période en 1914, du 10 février au 5 décembre, le maharaja et le chogyal du Sikkim. 

    Il était le fils aîné et héritier de maharaja Sri Panch sir Thutob Namgyal, et a étudié au collège Saint-Paul à Darjeeling, et à Pembroke College (Oxford).

    Polyglotte, il a appris le chinois, l’anglais, le hindi, le lepcha, lenépalais et le tibétain. 

    Il a été reconnu comme la réincarnation de son oncle, Sidkéong Namgyal, l’abbé du monastère de Phodong.

    Sidkéong Tulku Namgyal reconstruit le monastère. 

    Après ses études à Oxford, il est retourné au Sikkim où il a été étroitement associé à l’administration du pays.

    Il a travaillé à la dissolution de la cupidité qui se produit dans les intérêts acquis et tenté d’unifier les bouddhistes par la rénovation des monastères et de leurs rôles

     

    Alexandra David-Néel, passeur pour notre temps:

     

    Lien - http://www.alexandra-david-neel.fr/bonus-2/lentourage-dalexandra-david-neel/sidkeong-tulku/

     

     

    August 1911, Alexandra leaves this life that suffocates her and departs for India. She had already visited India during two previous trips, 20 years earlier. Making the promise of a return after 18 months, her husband will not see her for 14 years later, in 1925.:

    Mon exploit

    Lors de mon premier séjour en Asie, j'ai effectué une chose extraordinaire. Je suis entrée dans Lhassa, la capitale du Tibet.

     

    À l'époque, c'est un exploit car cette ville est interdite aux étrangers.

     

    Je peux te dire que ça n'a pas été facile d'y entrer !

     

    J'ai essayé plusieurs fois, mais j'ai toujours été repoussée.

     

     

    Alexandra David-Neel was a Belgian-French explorer, spiritualist, Buddhist, anarchist, and writer, most known for her visit to Lhasa, Tibet, in 1924, when it was forbidden to foreigners:

    Finalement, il a fallu que j'arrive habillée en mendiante, après des milliers de kilomètres parcourus à pied dans la neige et le froid, pour pouvoir entrer sans être reconnue.

    J'avais 56 ans.

    À partir de ce moment-là, je deviens célèbre dans le monde entier et je suis reconnue comme une orientaliste experte.

    alexandra david-neel...:

    Mes écrits

    De retour en France, je passe mon temps à écrire.

     

    Je travaille sans relâche, jusqu'à 16 heures par jour !

     

    Dans mes livres, je raconte mes voyages et mes aventures. Si jamais il te prend un jour l'envie de découvrir mes aventures, voici quelques-uns de mes ouvrages :

    Voyage d'une Parisienne à Lhassa,

    Au pays des brigands gentilshommes.

     Pékin : Chien-Men

    Photographies d'Alexandra David-Neel

     

    Nom : Alexandra David-Néel Pays : France Dates de vie : 1868 - 1969 Profession : exploratrice, écrivain, journaliste, orientaliste Itinéraire    1891 : premier voyage en Asie. Elle visite lInde et le Sri-Lanka.   1911-1925 : elle voyage à travers toute lAsie, de lInde au Japon.   1924 : elle parvient à vivre deux mois à Lhassa, déguisée en mendiante.   1937 : âgée de 69 ans, elle repart en Asie et traverse la Chine où elle est bloquée jusquen 1944 à cause de la guerre sino-japonaise.:

    Ma dernière volonté

    J'ai vécu jusqu'à 100 ans !

     

    Figure-toi que quelques mois avant ma mort, je prévoyais encore de voyager. Cette fois-ci, je voulais faire le tour du monde en 4CV.

    Mais j'étais trop âgée et je meurs le 8 septembre 1969.

    Selon mes dernières volontés, mes cendres ont été dispersées dans le Gange, un fleuve sacré.

     

    Ce fut mon dernier voyage.

     

    Afficher l'image d'origine 

    http://www.1jour1actu.com/articledossier/alexandra-david-neel/ 

     

     

    Alexandra David-Neels:  

    Alexandra David-Néel, est considérée comme la plus grande exploratrice et aventurière du XXème siècle. 

     

    Théosophe, philosophe, féministe, cantatrice, anarchiste, écrivain, reporter… Elle a produit 27 livres. Son oeuvre littéraire regroupe des récits de voyage, des romans, de la philosophie, de la religion, de l’ethnologie, etc…

     

    Ce grand personnage a aussi énormément écrit de lettres, plusieurs milliers, tout au long de sa vie, et en particulier

    à l’attention de son mari.

     

    Cette correspondance très fournie, ce « concentré d’Alexandra » a été éditée chez « Plon » par Marie-Madeleine Peyronnet sa dernière secrétaire. Toutes ces lettres, conservées dans les archives de Samten Dzong, nous ont permis de mieux cerner le personnage. Alexandra David-néel a été, aussi, l’un des plus grands journalistes du XXème siècle avec trente années d’études sur le terrain et nombre d’articles à la clé. Ses séjours furent agrémentés de quelques milliers de photographies qu’il lui arrivait, souvent, de développer elle-même…
     

     

    Dans la villa de l’exploratrice, qu’elle nommait « Samten Dzong », la pièce tibétaine, son lieu de travail et sa minuscule chambre qu’elle appelait « son trou », témoignent de la simplicité dans laquelle elle vivait à Digne.

     

    Sa forteresse de méditation, cette enclave qu’Alexandra David-Néel a voulu tibétaine en terre d’occident, propose un petit musée consacré à notre grande exploratrice, présentant une partie de sa collection photographique, les lieux dans lesquels elle a vécu, un petit film introduisant sa longue vie ainsi qu’une salle d’exposition d’art tibétain…

    « Il y a trois façons de vivre :

    Par les sens, par la raison ou l’esprit et par le sentiment… Je suis ce qui fut, ce qui est et ce qui sera et nul n’a jamais levé mon voile… »

    Alexandra David Néel

    Plus de citations…

    ***********

    Horaires et jours de visites pour la période en cours :

    Avril à Juin inclus : ouvert du mardi au dimanche :

    Visites uniquement guidées à 10h00, 14h00, 15h30

    Fermé les jours fériés

    Privilégiez la visite de 14h qui est plus complète. Lire plus…

     

    ***********

     

    LIEN  SITE OFFICIEL

     

    http://www.alexandra-david-neel.fr/

     

     

     

     

     

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    Origine : l’Opéra, le « marché aux putains »

    Au XVIIIe siècle, les alentours des salles de spectacles étaient des endroits très fréquentés par les prostituées.

    On disait d’ailleurs de l’Opéra qu’il était le « marché aux putains ».

    Les mères vendent leurs filles ratées

    Mais si la prostitution avait cours à l’extérieur, au XIXe siècle, elle s’exerçait aussi à l’intérieur, les danseuses faisant commerce de leurs charmes (plus ou moins volontairement). 

    Mlle Marconnier - Album Reutlinger (Gallica BNF) 

     

     

    Il n’était d’ailleurs pas rare, au foyer des artistes de l’Opéra, derrière la scène, de trouver des mères venant ‘vendre’ leurs filles, danseuses plus ou moins ratées, aux messieurs les plus offrants.

    Mlle de Saunoy - Album Reutlinger, Gallica BNF

    Mais alors que beaucoup de danseuses se contentaient d’effectuer des passes, certaines des plus cotées devenaient des maîtresses

    attitrées de messieurs de la haute société qui, laissant leurs épouses à leur domicile,

     

     

    Mlle Marconnier - Album Reutlinger (Gallica BNF)

     

     

    s’affichaient volontiers avec leur proie à laquelle ils offraient un logement et train de vie généralement plus que décent.

     

    Mlle Deschamps - Album Reutlinger (Gallica BNF)

     

    Et c’est de ces dépenses d’entretien de leur maîtresse danseuse que vient notre expression dont le sens, par extension, a évolué vers toutes les dépenses très, voire trop importantes consacrées à une passion.

    Théâtres, cabarets, actrices, chanteuses…

    Cela dit, l’Opéra n’avait pas du tout l’exclusivité des danseuses prostituées ou, dit plus élégamment au vu du beau monde qu’elles fréquentaient parfois et de la manière moins systématique avec laquelle elles faisaient

     

     

    commerce de leur corps, les courtisanes, la danse classique n’étant pas la seule touchée par ce phénomène ‘artistique’ qui concernait aussi bien les théâtres que les cabarets,

     

    Mlle Amélie Colombier, par Nadar (Gallica BNF)

     

    les actrices que les chanteuses et danseuses.

     

    Il suffit de se rappeler de quelques noms célèbres comme Lola Montès,

    la belle Otero ou Liane de Pougy, pour ne citer qu’elles.

    « Je viens enfin de recevoir ta boîte merveilleuse de compas !

    Tu es archi-fou,

    je t’assure que tu as besoin d’un conseil judiciaire.

    Je suis ta danseuse, ton écurie, ta collection, je te reviens à des prix fous. » 

    – André Gide – Correspondance 1890-1942

     

    Mlle Lekain - Album Reutlinger (Gallica BNF) 

    https://matricien.org/patriarcat/sociologie/prostitution/prostitution-mondaine/

     

     

    Le foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Peletier (Edgar Degas, 1872, Musée d'Orsay) 

     

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  • Puritaines? Vraiment?

     


    The_Scarlet_Letter_by_aru_loverPROSTITUTION : QUI SONT VRAIMENT LES PURITAINS ?

    Par Sporenda

        Il est pratiquement impossible de trouver un article défendant la prostitution où ne figure pas  le qualificatif de « puritaines » employé pour désigner les abolitionnistes.

    Bien sûr, la plupart de ceux qui lancent ce mot dans le débat n’ont pas la moindre idée de ce qu’était le puritanisme historique et semblent croire que ce mot est synonyme  de répression sexuelle et de croisade contre la prostitution.

    Dans le contexte actuel où le vote de la loi Olivier a exacerbé ces accusations de puritanisme, il est important d’examiner la relation entre puritanisme et prostitution et en particulier de déterminer si les Puritains étaient aussi opposés à la prostitution et aussi « réprimés sexuellement » que semblent le croire les anti-abolitionnistes.

    QUI ETAIENT LES PURITAINS, BREF RAPPEL HISTORIQUE …

    Queen_Victoria_1887En Grande-Bretagne, l’ère victorienne — qui consacre le triomphe  des valeurs  familiales bourgeoises en réaction  aux « mœurs licencieuses »  de l’aristocratie  sous la Régence-  est considérée comme l’ère puritaine par excellence.

    Il est alors prescrit aux femmes « bien » de se consacrer entièrement à leurs devoirs de mère et d’épouse : renvoyées  à la sphère domestique, elles n’ont pas d’existence civile, sont totalement dépendantes de leurs maris et leur assujettissement conjugal a rarement été aussi complet. Les biens de la femme deviennent propriété du mari lors du mariage et le restent même si elle quitte le domicile commun pour échapper à ses violences, et dans ce cas il a le droit de la kidnapper pour la récupérer et de la séquestrer.

    victorian colour 04Ces épouses bourgeoises peuvent d’autant mieux se consacrer  à leur vocation d’« anges du foyer » qu’elles sont  censées ne pas ressentir de désir sexuel, ou peu : « the majority of women are not much troubled by sexual feelings of any kind” écrit le vénérologue William Acton ( “The Functions and Disorders of the Reproductive Organs”). Qui ajoute: « l’amour du foyer, des enfants et des devoirs domestiques sont les seules passions qu’elles ressentent ».

    C’est une idée communément admise alors que « les femmes sont pures mais pas les hommes » car elles ne sont pas soumises  à la tyrannie des instincts sexuels (William Makepeace Thackeray, auteur du roman qui a inspiré le film « Barry Lyndon »,   »Pendennis”). De ce fait, elles sont  assignées au rôle de gardiennes de la morale—c’est elles qui doivent purifier  les hommes et les garder sur le droit chemin,  notamment par les liens sacrés du mariage. Et c’est justement parce qu’elles sont pures que le Premier ministre Gladstone affirme qu’elles ne doivent pas voter : la brutalité des joutes politiques offusquerait leur délicate sensibilité. Cette notion de la femme sans libido est un apport du puritanisme victorien et n’était pas généralement admise au XVIIIème siècle.

    Si les épouses sont tenues à la fidélité conjugale, les époux continuent par contre d’avoir toute liberté de pratiquer tous types d’ébats sexuels  avec des femmes autres que la leur, et la loi  sur le divorce (passée en 1858) qui ne reconnaît pas l’adultère de l’homme comme motif de divorce–contrairement à celui de la femme–sanctionne cette liberté.

    corsetsDes autorités religieuses de l’époque peuvent bien porter une condamnation morale contre la prostitution mais aucun victorien ne songe sérieusement à s’y opposer : elle est jugée regrettable mais  inévitable, « un mal nécessaire pour protéger la pureté des filles et des femmes et la sainteté du mariage », écrit encore Acton. S. Kent précise que  ce mal nécessaire « protège les femmes pures qui sinon pourraient involontairement provoquer le mâle à les violer » (Susan Kent, “Sex and Suffrage in Britain”).

    Le même auteur ajoute qu’elle est absolument indispensable parce qu’elle sert une finalité biologique : elle répond à «  l’urgence des pulsions  masculines et à la  nécessité de les soulager ».

    Dans ce discours victorien, les pulsions sexuelles masculines sont à la fois impératives et fondamentalement dangereuses : les hommes sont « par nature » sexuellement agressifs, aucune femme n’est à l’abri, et si cette agression sexuelle tous azimuths n’était pas canalisée, les femmes respectables elles-mêmes pourraient en être la cible.

    imagesCet argument de la prostitution qui protégerait les femmes contre le viol figure toujours en vedette dans l’argumentaire des défenseurs actuels de la prostitution. Et selon eux, ce risque de viol proviendrait  identiquement des « pulsions masculines incontrôlables ». Dans la version moderne, les hommes seraient esclaves de  leur testostérone (ou de la nécessité physiologique de vider leurs testicules), régis par des déterminismes biologiques qui les poussent à commettre des violences sexuelles et  qu’ils seraient impuissants à maîtriser.

    Evidemment,  le postulat des pulsions sexuelles, même  dangereuses,  qui ne doivent  pas être réprimées ne concerne ni les femmes, ni les homosexuels ni les hommes de couleur.

     Dans une telle situation où tout homme pourrait violer n’importe quelle femme, le droit de propriété  exclusif des maris sur leurs épouses ne serait plus garanti, ce qui déchaînerait  des  affrontements  pour la possession des femmes : la solidarité masculine serait rompue.

    article-2157884-13907C1D000005DC-781_638x489Pour concilier préservation du pacte patriarcal  et soulagement pulsionnel masculin, le discours victorien  préconise que celui-ci soit dirigé vers certaines catégories de femmes dont le viol est jugé sans conséquence : celles qui appartiennent aux classes inférieures qui—ça tombe bien—sont considérées à l’époque comme hypersexuées, donc faites pour ça.

    Dans cette logique, une catégorie de femmes –les putains—est désignée comme cible légitime des agressions sexuelles masculines et doit être sacrifiée pour préserver l’autre—les épouses ; cette nécessité de « faire la part du feu » en définissant deux types de femmes, celles que l’on peut violer et celles  que l’on ne peut pas violer, est clairement exprimée dans des textes de l’époque qui constatent que, regrettablement, le « sacrifice des femmes pauvres à la lubricité masculine » est inévitable.

    C’est le fait même que le puritanisme victorien fétichise la pureté des femmes tout en légitimant le libertinage des époux qui rend indispensable l’existence d’une classe de prostituées censées servir d’abcès de fixation aux pulsions masculines. Loin de s’opposer à la prostitution, les victoriens  la considèrent  donc comme absolument indispensable à la protection de la chasteté féminine, de la famille et de l’ordre moral.

    Unknown-1Dans la vision puritaine de la prostitution, celle-ci n’est pas  un simple privilège masculin, elle est une institution d’utilité publique (4 On trouve originellement cette conception de la prostitution comme mal nécessaire pour le bien commun  dans des écrits chrétiens comme ceux de Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin..)

    Si cette question de la prostitution préoccupe beaucoup les victoriens, ce n’est pas parce qu’ils veulent la réduire  mais au contraire l’organiser et la réglementer.  C’est ce qui est fait avec  les « Contagious Diseases Acts » dès 1864, passés dans le but  d’augmenter le contrôle social sur les prostituées, vues comme dangereuses à cause des maladies vénériennes qu’elles sont censées propager et de la criminalité qui se développe autour de leur commerce.

    La seule prostitution que les législateurs veulent  faire disparaître, c’est la prostitution de rue qui crée des désordres et dont la vue les choque : ils veulent la rendre invisible en obligeant les prostituées à exercer  dans des lieux clos. Ils veulent aussi que disparaisse la prostitution « sauvage » et pour cela,  les filles  devront être enregistrées auprès des services de police. D’après les historiens, ces réformes n’auront guère pour résultat que d’augmenter le pouvoir des proxénètes sur les « filles publiques ».

    images-1Bien sûr, si l’Angleterre et la France (dont s’inspirent les Anglais) sont prises alors d’une véritable frénésie règlementariste, ce n’est pas pour protéger les prostituées.  Ce qui motive l’approche règlementariste, c’est  la protection des hommes, en particulier de leur santé en tant que  clients susceptibles d’être infectés par des MST : des informations alarmantes circulent sur le taux de contamination de la population masculine, en particulier des soldats : 1 sur 3 serait affecté, la syphilis saperait l’aptitude au combat de  l’armée britannique et produirait des individus dégénérés. Suite aux Contagious Diseases Acts, les prostituées enregistrées ayant pour clients des soldats ou des marins sont désormais soumises à des visites médicales régulières  et la police peut contraindre à un examen médical et à un séjour prolongé en hospice toute femme prostituée ou suspectée de l’être. Examen qui ne concerne évidemment pas les clients  responsables de leur contamination.

    Cette idée que la prostitution est socialement  utile  mais doit être encadrée  par des règlements  stricts pour réduire ses nuisances (comme le racolage dans les quartiers bourgeois)  est toujours soutenue par les anti-abolitionnistes. Bien que le règlementarisme historique n’ait pas davantage réussi à faire disparaître la prostitution sauvage qu’à réduire la propagation des maladies vénériennes, un mouvement néo-règlementariste a fait sa réapparition il y a une vingtaine d’années et ses positions ont  obtenu gain de cause dans plusieurs pays.

    Ceux qui sont revenus au  règlementarisme malgré l’échec de celui-ci au XIXème siècle ont connu les mêmes résultats : une explosion de la prostitution, légale mais surtout illégale, accompagnée d’un développement exponentiel des réseaux de trafic et de proxénétisme et de la criminalité qui en découle. Et les Eros Centers installés dans les centres urbains n’ont  pas davantage amélioré la condition des personnes prostituées que les bordels d’autrefois .  

     STIGMATISATION

    images-1Dans l’Angleterre victorienne, les prostituées sont plus que jamais méprisées—les termes utilisés pour les désigner sont « femme tombée », « pariah », « dépravée », « perverse »   et « lépreuse »–elles sont vues  comme des tentatrices qui piègent les mâles innocents ou au mieux comme des pécheresses à ramener dans le droit chemin.

    Leurs clients, en revanche, bénéficient d’une complète indulgence sociale : « on ne peut faire de comparaison entre les prostituées et les hommes qui les fréquentent : pour l’un des sexes, l’offense est commise pour l’appât du gain, pour l’autre, c’est une faiblesse  due à une pulsion naturelle » écrivent les auteurs du rapport de la Commission Royale sur la prostitution en 1871.

    Ce discours qui excuse les clients et accable les prostituées  comme seules causes de l’existence de la prostitution parait  contradictoire puisqu’il identifie sexualité masculine et agression sexuelle. Mais lorsque des hommes commettent des actes sexuels « immoraux », y compris avec des enfants, ils sont exonérés de toute responsabilité et l’immoralité est le fait des victimes puisque l’opinion reçue est qu’ils ont été séduits et provoqués.

     Au 21ème siècle, non seulement  ce sont toujours les femmes économiquement vulnérables qui fournissent  les gros bataillons de la prostitution mais le discours qui excuse  les acheteurs de rapports sexuels tarifés et  stigmatise les prostituées qui les vendent est toujours en place, avec  peu de changements.

    Ceux qui soutiennent que la prostitution est « un métier comme un autre » considèrent en fait que la prostitution est surtout « un métier pour les autres » : pour les pauvres et les immigrées, pas  pour les femmes de leur famille ou de leur classe sociale. A Pascal Bruckner, tenant de la thèse « un métier comme un autre », un écrivain connu avait  répondu que « dans ce cas-là sa fille pourrait le faire ». Bruckner a fait un procès à l’auteur et au magazine qui l’avait publié et  l’a gagné.

    De même que persiste  le discours qui innocente les agresseurs sexuels en invoquant la provocation de la part de celles qui en sont victimes.

    DOUBLE STANDARD

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    Deux poids deux mesures: le puritanisme victorien  incarne une version  exacerbée du double standard. Aux femmes destinées à être des épouses, la  sexualité conjugale reproductrice « vanille », toute autre forme d’expression sexuelle  leur vaut d’être socialement ostracisées, voire excisées : l’ablation du clitoris était pratiquée par certains médecins victoriens pour « guérir » des femmes diagnostiquées comme hystériques, masturbatrices ou nymphomanes.

    Seules les prostituées et les femmes des classes inférieures sont vues comme possédant ces «bas  instincts» sexuels ; hypersexuées, elles sont considérées comme physiologiquement différentes des femmes honnêtes.

    Fantasmes dont il reste quelque chose chez  des avocats actuels de la prostitution qui prétendent que si certaines femmes se prostituent, c’est parce qu’elles « aiment ça ».

    RÉPRESSION SEXUELLE DES FEMMES

    Le puritanisme n’est donc pas du tout une répression tous azimuths de la sexualité ; en fait, seule la sexualité féminine est réprimée :

    -       réprimée chez les bourgeoises  que le discours victorien prétend  dénuées de libido, tout en affirmant contradictoirement qu’elles doivent être sévèrement punies si elles persistent à en avoir une.

    -       réprimée chez les prostituées dont la sexualité n’est reconnue que dans la mesure où celle-ci se limite à satisfaire les exigences sexuelles de leurs clients.

    Dans les deux cas, la possibilité que la sexualité féminine puisse être autodéterminée et autocentrée est  impensable ; dans l’idéologie victorienne, seule la libération des pulsions masculines est licite et les femmes n’en sont que le réceptacle.

    ÉROTISATION DE LA SUBORDINATION

    Pour le victorien, c’est  le fait même que les prostituées sont dégradées—par leur activité, par leur sexe, leur classe sociale—qui les rend sexuellement excitantes : le désir éprouvé pour une femme est directement proportionnel à son infériorisation.

    Freud, victorien typique, a parlé à ce sujet du besoin masculin d’un « objet sexuel rabaissé » : l’homme ne peut ressentir d’excitation sexuelle que s’il méprise sa partenaire, la subordination est non seulement érotisée, elle est la condition même de l’érotisation.

    En conséquence, la sexualité victorienne radicalise l’opposition maman/putain , le puritain-type veut que sa femme soit pure et irréprochable et que sa « pute » (diraient les 343 salauds) soit  dépravée  et lubrique ; c’est l’homme  respectable qui va au bordel le samedi soir et le dimanche matin au temple : Dr Jekyll et Mr Hyde. Ce n’est pas un hasard si le personnage à deux faces de Robert Louis Stevenson a été inventé en pleine ère victorienne.

    Unknown-1Le revers de toutes les sociétés puritaines proposant un idéal de moralité inaccessible est évidemment l’hypocrisie : « les hommes aiment une classe de femmes, leurs épouses, mais ils ont recours à des prostituées pour le sexe, tout en prêchant la pureté pour leurs femmes ». remarque W. R. Greg (5. W.R Greg, “Prostitution”, The Westminster Review, 1850). Tel avocat de la pureté des épouses comme Patmore, qui célèbre dans ses écrits la figure de l’épouse « ange du foyer » avait une très importante bibliothèque pornographique : beaucoup de victoriens violaient secrètement le code moral qu’ils préconisaient.  Ce qui est condamné socialement, ce n’est pas tant le vice—tant qu’il reste caché–, que sa révélation, qui provoque le scandale.

    Même si la distinction entre ces deux catégories maman/putain est un peu brouillée de nos jours, de nombreux de clients modernes de la prostitution arguent qu’ils ont certains fantasmes qu’ils n’osent pas ou ne veulent pas demander à leur compagne de réaliser, précisément parce qu’ils  la respectent.  Ou ils confient qu’ils ne désirent plus leur femme , trop convenable pour être excitante, d’où leur recours à des prostituées.

    Dans les deux cas, ils laissent entendre qu’ils ne peuvent atteindre une excitation sexuelle intense qu’avec une femme de statut social et moral dégradé : c’est l’existence d’un différentiel hiérarchique entre eux et leur partenaire qui conditionne leur érection, à la différence de genre venant s’ajouter  celles de classe et –suite à la globalisation– de « race ».

    Pour ces hommes, la sexualité sert toujours à acter leur statut de dominant, tout rapport sexuel fonctionne ainsi implicitement ou explicitement sur un schéma SM, et la jouissance sexuelle est surtout la jouissance  du sentiment de pouvoir que leur procure  le rapport sexuel.

    Bien plus, pour nombre de clients de la prostitution moderne, le recours aux prostituées est recherché comme donnant accès au seul espace (avec le porno) encore non  contaminé par les principes d’égalité des sexes, où ils peuvent retrouver le degré de soumission féminine qui existait dans les sociétés du XIXème siècle et dont ils regrettent amèrement  la disparition.

    PEUR D’UNE SEXUALITÉ FÉMININE AUTONOME

    Entre frigide et insatiable, clairement, la sexualité féminine est anxiogène pour les victoriens; dans leur vision, la femme enjôleuse et  tentatrice laissée libre d’utiliser son pouvoir sexuel à sa guise peut faire tomber l’homme dans ses filets, le manipuler comme un pantin  et l’évincer de sa position de dominant.

    Unknown-5Les images de femmes fatales, dominatrices et « castratrices » abondent dans la peinture de l’époque : Messaline, Salomé, Dalilah, etc. Ces figures  maléfiques expriment la « panique morale » masculine devant tout  possibilité d’autonomie  sexuelle féminine, hypothèse absolument terrifiante dans les sociétés puritaines–chrétiennes comme musulmanes.

    Que le corps et la sexualité des femmes puissent échapper au contrôle des hommes, non seulement c’est une menace pour l’autorité et l’ordre rationnel masculins  mais cela met en péril  la virilité même : face à des femmes sexuellement  non soumises, les hommes ont peur de ne plus avoir d’érections–l’égalité des sexes empêcherait de bander.

    Unknown-6Evidemment, dans  cette conception où le rapport sexuel présuppose et confirme l’inégalité des partenaires, la sexualité est complètement phagocytée par le politique : il ne s’agit pas tant de jouir sensuellement du corps de l’autre que d’affirmer son pouvoir sur lui.

    Ces peurs et ces fantasmes sous-tendent encore l’argumentation des rétrogrades qui défendent la prostitution au 21ème siècle :

    -  désir de contrôler le corps des femmes—la loi espagnole interdisant l’avortement témoigne que ce désir n’a pas disparu et  ne demande que des circonstances favorables pour s’exprimer.

    - désir de contrôler la sexualité des femmes : dans la prostitution, en payant ; dans les rapports hétérosexuels, en imposant comme « sexualité » une sexualité masculine centrée sur la pénétration.

    - désir de continuer à disposer d’une catégorie de femmes vouées à les servir sexuellement.

    - revendication de l’inégalité comme indispensable au désir, peur d’être dévirilisé par la montée en puissance des femmes , toute manifestation d’indépendance féminine conjure un fantasme d’impuissance sexuelle,  qui signifie perte de pouvoir tout court :  des hommes devenus impuissants  perdraient nécessairement toute autorité sur les femmes.

    NO LIMITS NO LAWS

    Dans la gestion de la sexualité puritaine, à la répression obsessionnelle de  la sexualité féminine  répond la libération encouragée et organisée des pulsions masculines, posées comme non  négociables. Hormis le droit de propriété des autres hommes sur leurs femmes, certains soucis d’hygiène et d’ordre public  et le respect des convenances, non seulement rien ne doit en entraver ou  restreindre l’expression mais tout doit être fait pour qu’elles puissent être assouvies partout et toujours.

    Aux hommes, une large gamme d’options sexuelles est offerte, pourvu qu’ils puissent payer. Malgré –ou à cause—de la réprobation  exprimée par les autorités morales et religieuses, la prostitution prospère: la seule ville de Londres, selon la revue médicale ‘The Lancet’, aurait compté environ 80 000 prostituées (pour 2,3 millions d’habitants) en 1887, soit deux fois plus que le nombre actuel de prostituées estimé par l’OCRTEH pour toute la France.

    A l’apogée du puritanisme victorien correspond donc une apogée de la prostitution,  les années 1850 ont été nommées « the golden years of prostitution » par des historiens.

    La prostitution est omniprésente dans les rues des grandes villes anglaises : les salaires de misère payés aux jeunes ouvrières les obligent pratiquement à se prostituer pour survivre.

    Contre argent, toutes les perversions peuvent être satisfaites, il existe des bordels pour tous les goûts : SM, homosexuels, petites filles ou petits garçons, etc. L’âge requis pour le consentement était 13 ans, et la plupart des prostituées entraient dans le métier vers 11/12 ans.

    L’apparition de la photographie entraîne aussi une production considérable de matériel pornographique déclinant pareillement toute la gamme des fantasmes masculins : SM, inceste, viol, pédophilie, orgies. Des « bottins » sont publiés régulièrement listant des centaines de prostituées, avec leurs photos, leurs spécialités et leurs tarifs : l’ère victorienne est aussi un âge d’or de la pornographie.

    Cora1Les hommes respectables osent les pires violences sur les enfants et les femmes pauvres sans encourir de  réprobation ou de sanction sociale : la courtisane Cora Pearl raconte dans ses mémoires comment à l’âge de 13 ans, ayant été abordée dans la rue par un bourgeois qui lui offrit d’aller manger des gâteaux dans un café, elle perdit connaissance après avoir bu une limonade et se retrouva quelques heures après dans un lit avec du sang entre les jambes.

    L’auteur inconnu de « My Secret Life »,  journal de sa vie sexuelle tenu par un riche bourgeois dont l’identité n’a pas été élucidée,  raconte sans aucun embarras comment, contre argent comptant, il peut régulièrement violer des petites filles de 10 ans (6.  My Secret Life (1888), Walter http://en.wikipedia.org/wiki/My_Secret_Life_(erotica)). Rien n’est fait pour réprimer de tels comportements, la loi reste en dehors de la sphère privée,  les conduites masculines les plus abjectes sont sanctuarisées par le pouvoir de ceux qui s’y livrent, et les victimes se taisent.

    William_Thomas_SteadCe n’est que vers les années 1880 qu’une vraie mise en cause de la prostitution des enfants se fait jour dans l’opinion, suite en particulier à une série d’articles écrits par le journaliste W.T. Stead  intitulés « The Maiden Tribute of Modern Babylon » (7.  W.T. Stead, “The Maiden Tribute of Modern Babylon”, Pall Mall Gazette, juillet 1885). Celui-ci avait été écoeuré de découvrir à quel point  ces pratiques pédophiles étaient répandues, et surtout que les autorités en étaient pleinement informées mais fermaient les yeux eu égard au rang social des pédophiles. Ses évocations des « chambres capitonnées où des débauchés des classes supérieures  pouvaient  …se délecter  des cris d’un enfant en bas âge » font l’effet d’un électrochoc sur l’opinion, les législateurs réagissent et cette campagne aboutira au passage de la « Criminal Law Amendment Act » de 1885.

    Suggérer comme le font  les pro-prostitution actuels que puritanisme = abolitionnisme et répression sexuelle est donc un contresens total : en fait, le puritanisme est un fondamentalisme patriarcal, la pureté sexuelle chère aux puritains n’est réellement exigée que des femmes et cette injonction de pureté permet de maximiser le contrôle masculin et la répression sexuelle dont elles font l’objet.  Andrea Dworkin a très bien compris que le puritanisme n’était qu’une ruse patriarcale, une « stratégie masculine  pour garder le pénis caché, tabou et sacré ».

    Corrélativement, si la prostitution fait l’objet d’une condamnation  hypocrite dans les sociétés dites puritaines, elle y bénéficie en réalité d’un large soutien social et institutionnel.

    Epouses  plus ou moins asexuées pour le service domestique et reproductif et  « filles publiques » hypersexuées pour le service sexuel : « le code victorien est fondé sur le partenariat prostitution/mariage ».

    bordel-ok copieJ’ai pris pour exemple le puritanisme victorien mais des systèmes de prescriptions et d’interdits similaires axés sur la même obsession de la pureté féminine encadrent les femmes dans toutes les sociétés puritaines, aux Etats-Unis à la période coloniale comme dans des cultures  non occidentales. On sait par des exemples récents que les bordels et la prostitution de rue ne disparaissent pas  dans les pays où des régimes  fondamentalistes ultra-religieux mettant en oeuvre un contrôle très strict des femmes arrivent au pouvoir : la prostitution (par exemple sous la forme coranique du mariage temporaire) n’a pas disparu en Afghanistan au temps des talibans et pas davantage en Egypte sous le gouvernement Morsi. En Turquie, les fondamentalistes religieux de l’AKP (le parti d’Erdogan) loin de chercher à abolir la prostitution, l’ont réglementée : les sociétés puritaines, patriarcales et misogynes,  s’accommodent fort bien de l’institution patriarcale et misogyne qu’est la prostitution.

    QUI SONT VRAIMENT LES PURITAINS ?

    Et donc, face aux  accusations de puritanisme lancées par les pro-prostitution contre les féministes abolitionnistes, on doit poser la question : qui sont vraiment les  puritains ?

    Les anti-abolitionnistes prétendent présenter comme un choix libérateur, moderne et porteur d’empowerment une institution patriarcale plurimillénaire qui, avec le mariage traditionnel,  organise la domination des hommes sur les femmes depuis des siècles.

    Leur défense de la prostitution repose, avec peu de changements, sur les mêmes archétypes ancestraux et est calquée— parfois mot pour mot—sur celle des puritains victoriens.

    Unknown-4Ils se prétendent pro-sexe mais considèrent que leur satisfaction sexuelle exige la destruction de la sexualité des prostituées et la restriction  de celle des autres femmes, uniquement autorisées  à jouir d’être dominées (cf. Fifty Shades of Grey).

    Inversion patriarcale caractérisée : alors que le puritanisme a pour conséquence de renforcer le contrôle masculin sur la sexualité féminine, ils  accusent de puritanisme les féministes qui veulent au contraire libérer les femmes de ce contrôle.

     ANTISEXE OU ANTI-AGRESSIONS SEXUELLES ?

    Qui accuse les féministes d’être puritaines et  antisexe ?

    imagesAvant Antoine, Elisabeth Lévy, Caubère & co, les défenseurs de DSK ont crié au « retour du puritanisme » quand leur héros a été inculpé pour tentative de viol. Parmi eux, de grands démocrates et hommes de gauche comme Jean-François Kahn et Jack Lang  ont montré en quel mépris ils tenaient les femmes  et les lois républicaines punissant le viol dès lors que solidarité masculine et copinages politiques étaient en jeu.

    A cette occasion, les medias ont repassé en boucle  les inusables clichés  de comptoir sur le puritanisme des Américains qui— violence inouie  —ont osé arrêter un suspect de viol présidentiable.

    Les mêmes accusations de puritanisme ont été lancées par les supporters de Roman Polanski (qui sont  à peu près les mêmes que ceux de DSK): comment—disaient-ils–  pouvait-on tenir rigueur à ce grand artiste de quelques lointaines incartades ?

    Pour eux, le scandale n’était pas qu’un homme ayant violé une gamine de 13 ans ait échappé si longtemps à la justice américaine mais que celle-ci ait considéré qu’un artiste riche et célèbre n’était pas pour autant  au-dessus des lois : anathème en France, où  au contraire le fait de faire partie de l’élite est censé vous conférer protections et passe-droits.

    Et tout récemment on retrouve ces accusations sous la plume de Gabriel Matzneff et de ses fans,  indignés qu’une pétition ait été lancée contre l’attribution du Prix Renaudot à cet avocat enthousiaste de la pédophilie qui déplorait dans un de ses livres que la bourgeoisie ait érigé un «mur de protection moralisatrice puritaine autour des adolescents ».

    Ces accusations de puritanisme ont toujours accompagné le féminisme : les suffragettes étaient déjà traitées de prudes quand elles dénonçaient incestes et viols d’enfants et voulaient faire relever l’âge du consentement à 16 ans.

    Et donc :

    Dès que les féministes prétendent dénoncer le harcèlement sexuel, le viol et la pédocriminalité et demander que les lois censées les punir soient vraiment appliquées, le chœur des prédateurs sexuels et de leurs admirateurs donne de la voix et hurle au puritanisme.

    Que soit dénié aux hommes le droit de violer et de violenter impunément est  présenté  comme une atteinte insupportable à leur liberté.

    Que soit mis en cause leur droit inconditionnel à  disposer d’une sous-classe de femmes sexuellement à leur service est vécu comme  un déni de justice.

    Que certaines osent simplement suggérer que non, les femmes ne sont pas  obligées d’avoir des rapports sexuels à la demande ou d’accepter des pratiques pornos dégradantes  constitue  pour eux une « attaque contre la sexualité masculine ».

    Unknown-2Est ainsi qualifiée de puritaine (ou coincée, ou frigide, ou prude), toute femme qui refuse ou pose des limites aux exigences sexuelles masculines. Dans cette stratégie d’intimidation très efficace, toute femme qui ne se soumet pas  est désignée comme « anti-sexe », toute dénonciation des violences sexuelles est qualifiée de «retour à l’ordre moral».

    Dénoncer les violences sexuelles masculines n’est pas être anti-sexe. Si certains hommes voudraient nous le faire croire, c’est justement parce qu’ils confondent sexualité masculine et agression sexuelle.

    Pour ces hommes, même s’ils font mine de les accepter publiquement,   les principes d’égalité des sexes ne sont que des mots vides de sens et les lois punissant les violeurs et les pédocriminels des chiffons de papier qu’il n’a jamais été question d’appliquer vraiment ; la seule loi  qui compte à leurs yeux, celle qui prime  sur toutes les autres, c’est le droit patriarcal intangible d’accès sexuel au corps des femmes.

    SPORENDA

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  •  

     

    Les reines du Paris 1900 ont dilapidé la vie comme l'argent (des autres).

     

    On ne rappellera pas qu'elles ont tutoyé des souverains, détruit des réputations et poussé des hommes au suicide,

    tout en s'amusant follement, du moins en apparence.

    Nombre d'écrivains ont eux aussi succombé – en lettres – à leur charme vénéneux: Balzac le précurseur, Zola avec «Nana», Proust et ses demi-mondaines, d'innombrables exégètes, romanciers et biographes.

     

    On sait moins que certaines d'entre elles ont pris la plume pour nous léguer un témoignage de leur vie agitée.

     

    Si le lit de Valtesse de la Bigne trône toujours au musée des Arts Décoratifs, les livres des «horizontales» méritent-ils de sortir des étagères?

    "La Castiglione" par Alain Decaux (Perrin)

     

    La Castiglione ouvre la voie avec un journal intime, cité par Alain Decaux dans sa biographie éponyme (Club de la Femme, 1965).

     

    N'étant pas destiné à la publication et rédigé dans un français parfois approximatif, le manuscrit de l'espionne et maîtresse de Napoléon III ne présente aucun intérêt littéraire mais nous renseigne sur la fréquence de ses rapports grâce à son alphabet codé: «b (barré) lorsqu'on l'a embrassée, f (barré) lorsqu'elle s'est donnée complètement et bx lorsqu'on s'est livré sur elle à des caresses» (p.52).

     

    Autant dire que «la plus jolie femme d'Europe» en 1850 ne compte plus les b et que ses f sont toujours de haute noblesse.

    À cheval, si l'on ose dire, sur le Second Empire et le début de la Troisième République, Cora Pearlpublie ses «Mémoires» (Jules Lévy, 1886)

     

    peu avant sa mort et avoue sans détour:

     

    «J'attends la publication de ce volume pour avoir quelques billets de banque» (p.2).

     

    On ne se refait pas. Déçu par l'absence de révélations croustillantes, un critique de «Lyon s’amuse» (sic) résume le 18 juillet 1886:

     
    On croyait acheter du scandale au volume, et rien !... quelques lettres publiées sous le couvert du pseudonyme, billets doux insignifiants à formule épuisée, voilà tout.»

     

    Qu'est-ce qu'une «cocotte»?

    Cependant, pour peu que l'on décrypte l'identité de ses protecteurs (Moray pour Morny, Lassema pour Massena, etc.) et qu'on lui pardonne la manie vulgaire d'indiquer le prix du moindre bijou, la belle rousse nous récompense de quelques traits d'esprit qui font mouche:

    J'ignorais jusqu'aux noms du plus grand nombre de mes convives; et c'étaient ces appétits anonymes qui me procuraient une satisfaction bien chère» (souvenir de ses réceptions fastueuses à Vichy, p.74);
    des masses de femmes (…) finissaient par croire à l'amant de cœur, par leur seul désir d'y croire, confondant le masque avec le visage, le singe avec l'homme, Clichy-la-Garenne avec une forêt vierge du nouveau monde» (p.300).

    On découvre aussi l'étroitesse des logements parisiens (déjà !), que se partagent avec philosophie épouses et maîtresses:

    Je dînais immédiatement après elle, dans la même salle, et servie par le même maître d'hôtel.
    Tout en prenant mon repas, j'entendais dans le salon voisin causer la duchesse et jouer les enfants. Cela m'a toujours gênée et impressionnée» (p.129).

    On le serait à moins.

     

    Cora Pearl, de l'hôtel particulier de l'avenue Kléber à la "misère" d'un premier étage rue de Bassano (tout de même 10.000€ le m² aujourd'hui). [copyright: Alexandre Loeber]

    Les «Souvenirs et Vie intime» de la Belle Otero (1926, rééd. Sauret 1993), interminable mélo consacré pour moitié à ses malheurs d'enfance (d'ailleurs en partie imaginaires), dévoilent aussi les vices qui causeront sa perte, notamment la passion du jeu.

     

    Outre les casinos, la danseuse andalouse semble d'ailleurs avoir fréquenté tous les lieux de perdition, d'un «bal spécial où ces ‘‘messieurs’’ étaient déguisés en Valentine de Bruges, en Diane de Chandel, en Belle Otero, etc.» (p.254) aux «bas-fonds du Caire» dont les «fenêtres de chaque étage» n'ont rien à envier aux vitrines de l'actuelRote Viertel d'Amsterdam (p.300).

    Assez discrète sur ses amants, la plus célèbre des courtisanes use d'un stratagème téléphoné pour avouer l'inavouable: c'est l'apocryphe «Journal de Betty, femme de chambre» qui nous révèle ses exploits les plus éclatants. Comme à Monte-Carlo où, lassée des «salamalecs» du personnel stylé de l'hôtel de Paris, elle lance à la«valetaille» ébahie:

     

    «Mais fichez-moi la paix avec vos barons et comtesses. Je ne suis pas une comtesse, moi, je suis la cabotine qu'on paye !» (p.174).

    De fait, certains dialogues d'Otero auraient pu inspirer Audiard:

    Berguen, le petit vieux si riche et si laid?
    C'est un petit vieux bien propre.
    Amène-le si tu veux... Mais tu peux le prévenir. S'il veut souper avec moi, c'est dix mille balles !» (p.266).

    La figure de la demi-mondaine raffinée, amie des arts et d'Aristide Briand, en prend un coup.

    "Mes cahiers bleus", par Liane de Pougy (Plon)

     

    Les «Cahiers bleus» de Liane de Pougy (Plon, 1977) mêlent souvenirs de la Belle Époque et chroniques d'entre-deux-guerres.

     

    En voie de rédemption, l'ex-étoile des Folies Bergère devenue princesse Ghika nous agace parfois par ses affectations de bourgeoise bien rangée et la foi naissante qu'elle s'efforce tant bien que mal de mettre en pratique.

     

    Varié et bien écrit, son journal comporte peu de secrets d'alcôve ou d'anecdotes salaces, mais une peinture douce-amère de noceurs sublimes égarés dans les Années Folles:

    Georges a fait un mot drôlichon sur Raspoutine: Crasse noyée sous l'eau – Krasnoïe-Selo» (p.78);
    De vrais pauvres? Il n'y en a plus ! Les blanchisseuses portent des bas de soie; ma bouchère s'est acheté une automobile.» (p.91);
    [son ami Max Jacob est] envieux, jaloux, tapette, faux, complaisant pour les basses besognes, potinier, gaffeur. (...)
    Il est sale, désordre, sans hygiène, bavard, pontifiant, gourmand, flatteur ou impudent...» (p.194).

    On croise les vieilles gloires qui s'habillent chez Poiret et essaient les premiers liftings en Amérique, Louise Balthy ou Colette «boursouflée de graisse, gonflée de rancune, d'envie, d'ambition» (p.109), mais aussi les jeunes Poulenc, Georges Auric ou Radiguet.

    Un des moments les plus saisissants du livre: Cocteau défoncé à l'opium dans un bordel pour hommes de Toulon,«couché par terre sur une descente de lit dégoûtante», tandis que Reynaldo Hahn drague les voyous et les «petits marins» dans les rues louches (p.256).

     

    C'est que la princesse fréquente tout ce que le demi-monde compte d'«invertis» et ne dédaigne pas elle-même aller dans l'îlepour se consoler des hommes:

    Et ce fut comme un joli rêve. Nathalie [Barney] à droite, me câlinant, m'embrassant, Mimy [Franchetti] à gauche, ses lèvres sur mes lèvres, Pola jouant pour nous dans la pièce à côté...» (p.232).

    La courtisane-écrivain avait déjà exposé ses préférences, du temps de sa splendeur, dans des romans «à clef» vaguement érotisants, dont les fameux «Yvées» (1906-08) et «Idylle saphique»

    (1901, rééd. Edition des femmes 1987).

    Où l'on puise, en même temps que certains fantasmes, le manifeste de toute une génération:

    Une courtisane ne doit jamais pleurer, ne doit jamais souffrir. (…) Elle doit étouffer toute espèce de sentimentalité et jouer une comédie héroïque et continue, afin de consacrer sa vie, sa jeunesse surtout, aux rires, aux joies, à toutes les jouissances !» (p.15).

    Comme elle, justifiant l'analyse postérieure des féministes, Cora Pearl avait déjà tout résumé dans cette formule:

    «Mon indépendance fut toute ma fortune.»

    13 11 12 AlexandreLoeber DR

     

    Alexandre Loeber est un lecteur bien connu des bouquinistes et autres archivistes; il prise davantage les greniers que les rentrées littéraires, préfère le vieux vélin aux tablettes électroniques.

    Son passe-temps favori:débusquer les auteurs oubliés(parfois à juste titre!), qu'ils soient écrivains, chroniqueurs ou artistes, vivants ou non. (DR)

     

    http://bibliobs.nouvelobs.com/la-sieste-crapuleuse-de-bibliobs/20121207.OBS1852/qu-est-ce-qu-une-cocotte.html

     

    Excluons enfin de cette recension le «Ballet de ma vie» (1955, rééd. Pierre Horay 1985) deCléo de Mérode, fausse courtisane mais vraie sainte-nitouche qui se contente d'égrener mièvrement ses succès artistiques sur 300 pages, heureusement égayées par les portraits de Reutlinger. Son aventure avec Léopold II? Racontars. Les promenades au Bois? En chaste compagnie de son fiancé, certainement pas au milieu des cocottes et des «beautés à la mode qui se faisaient admirer (…) dans de somptueuses victorias, vernies comme des meubles de luxe» (p.194).

    Avare de confidences et soucieuse de justifier sa probité morale, l'authentique baronne refuse, sur scène comme dans ses souvenirs, d’«apparaître dans le costume de la Vérité» (p.144). Tant pis pour nous.

    Que sont-elles devenues?

    Le standing de Cora Pearl ne se remettra jamais d'un exil «politique» dans son pays natal (où elle rencontrera tout de même le Premier Ministre Gladstone) et, ironique retour du sort, se fera voler par des hommes. Traquée par les huissiers, elle finira seule à 44 ans dans un petit appartement de la rue de Bassano, torturée par un cancer de l'estomac.

    Impitoyable, la presse décrit complaisamment le cadavre de«la grande pécheresse» («Le Scapin») et note dans un jeu de mots cruel que «cette pauvre Cruch [son vrai patronyme] aura sur son cercueil assez de fleurs pour justifier une fois de plus l'exclamation de Calchas» («L'Écho de Paris»). Un charitable inconnu règlera 50 francs pour une concession de cinq ans aux Batignolles.

    Le destin de Caroline Otero sera une longue suite de déboires. Ruinée par des dépenses somptuaires et par le tapis vert, elle fuira la capitale et subsistera grâce à une pension de la Société des Bains de Mer de Monaco, en mémoire des sommes folles dépensées autrefois par les riches clients qu'elle y amena.

    Devenue la vieille Otero, elle tire la langue aux reporters qui se souviennent encore d'elle. Après qu'un film retraçant sa vie lui apporte quelques subsides dans les années cinquante, elle trouvera la mort à 96 ans dans un meublé du quartier de la gare à Nice.

    La Belle Otero, de la plaine Monceau à une chambre meublée du "Novelty" à Nice (aujourd'hui résidence privée). [copyright: Alexandre Loeber]

    La Belle Otero, de la plaine Monceau à une chambre meublée du "Novelty" à Nice (aujourd'hui résidence privée). [copyright: Alexandre Loeber]

    Liane de Pougy rejoindra le ciel en 1950, tertiaire dominicaine. Délaissée un temps par son mari, elle l'avait repris vieilli, syphilitique et obsédé. D'enterrements en résignations, malgré le secours de la religion, son monde s'étiolera jusqu'à «l'irrémédiable déchéance, le crépuscule désespéré dans le souvenir de sa beauté évanouie.»

     Alexandre Loeber

     

     

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  • Édouard VII bien remis en selle,

    Ce fauteuil des voluptés, qui provient de l'une des

    plus célèbres maisons closes de Paris,

     

    Ce fauteuil a été commandé par le roi Édouard VII lui-même pour équiper la chambre qui lui était réservée en permanence au Chabanais.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Ce fauteuil des voluptés, qui provient de l'une des plus célèbres maisons closes de Paris, sera exposé 
    Parmi les six cents œuvres caractéristiques de cette Belle Époque, nul doute que l'élue s'arrêtera devant un meuble étrange, dont l'usage s'est perdu. Se fera-t-elle photographier devant?
    On ne le lui conseille guère.
    Famille Royale Anglaise en Famille 
     
    Un socle de bois doré bien rembourré, surmonté d'une selle pareillement confortable, six accoudoirs, quatre pieds et un tissu japonisant.
    Qu'est-ce donc que ce schmilblick?
    Les plus perspicaces trouveront quelque ressemblance
    avec un siège gynécolo­gique ou une chaise d'accouchement.
    La fonction se révèle en réalité autrement plus sensuelle.
    Edouard VII Jeune 
    «Il s'agit d'un “fauteuil de volupté”»,
    glisse Dominique Lobstein, historien d'art et co-commissaire de l'exposition.
    EDWARD et son épouse 
    Lorsqu'on y regarde de près, on n'ose
    inventorier les combinaisons, genre Kamasutra, qu'il offre.
    «Il a appartenu à Édouard VII, prince de Galles et fils de la reine Victoria, poursuit le spécialiste.
    chabanais-edouard-vii.1236849411.jpg 
    C'était un habitué du Chabanais jusqu'à ce qu'il soit couronné
    souverain du Royaume-Uni et empereur des Indes en 1901, à 60 ans.»

    Pour de pacifiques joutes

    chabanais.1236849520.jpg
    Le Chabanais?
    «Une maison close installée au 12 de la rue du même nom,
    dans le IIe arrondissement, et fondée en 1878 par une Irlandaise.
    C'était un des lieux galants les plus huppés du Paris fin de siècle. Une chambre était réservée en permanence au prince.
     
    Edouard VII et la son épouse, La Princesse Alexandra
    ---------------------------------
    Édouard portant un haut-de-forme et fumant un cigare dans une pose presque arrogante
    Il l'a fait doter de deux accessoires originaux adaptés à sa taille et surtout à son poids: une baignoire de cuivre rouge en forme de cygne à la proue de sirène qu'on remplissait de champagne avant usage, et ce meuble.
    Conçu et réalisé par Louis Soubrier, artisan du faubourg Saint-Antoine,
     
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    il pouvait réunir pour de pacifiques joutes le royal héritier
    et deux ou trois employées
    de la maison sans qu'il ne déroge à son rang…
    puisqu'il s'installait sur la partie supérieure.»
    Édouard était surnommé «Bertie» par ses favorites,
    choisies parmi vingt à trente-cinq pensionnaires.
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    Certaines avaient connu intimement Pierre Louÿs, 
    Guy de Maupassant, Charles Ier du Portugal,
    le prince des Indes britanniques ou encore quantité
    de membres du Jockey Club. Le Chabanais a
    connu son heure de gloire le 6 mai 1889.
    L'inauguration de l'Exposition universelle 
    s'était poursuivie entre ses tentures.
    Ministres et ambassadeurs du monde entier
    s'y étaient donné rendez-vous. Sur leurs agendas,
    cette «virée» était renseignée comme
    une «visite au président du Sénat».
    Le scooter n'existait pas encore…
    Ce plus célèbre des lupanars,
    devant le One-two-two, le Sphinx, La Fleur blanche,
    La Rue des Moulins et Chez Marguerite, a reçu un prix pour sa chambre japonaise lors de l'Exposition universelle de 1900.
    On y trouvait aussi la chambre Louis XV,
    la chambre hindoue,
    la Directoire,
    la médiévale et la
    chambre mauresque.
    Clients du Chabanais et autres lieux de plaisirs..
    Les neufs souverains européens qui assistèrent aux funérailles photographiés au château de Windsor le 20 mai 1910. Debout, de gauche à droite : Haakon VII de NorvègeFerdinand Ier de BulgarieManuel II de PortugalGuillaume II d'AllemagneGeorges Ier de Grèce et Albert Ier de Belgique. Assis, de gauche à droite : Alphonse XIII d'EspagneGeorge V du Royaume-Uni et Frédéric VIII de Danemark.
    Afficher l'image d'origine
    L'ensemble des décors fut vendu après la ferme­ture,
    en 1946, à l'occasion d'une vente aux enchères en 1951.
    L'actuel propriétaire du «fauteuil de volupté» tient à conserver l'anonymat.
    «Paris 1900, la ville spectacle», Petit Palais,
     http://levidegrenierdedidou.blogspot.fr/2014/02/edouard-vii-bien-remis-en-sellece.html
     
    Édouard VII portant un kilt et une canne est assis sur un muret devant une maison à trois étages.
     
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    Les Métamorphoses d’Alphonse : deux livres d’historien sur les bas-fonds de la société régis par la corruption, les trafics, les secrets d’alcôve, la prostitution. L’Étrange Monsieur Joseph est la première biographie documentée sur Joseph Joanovici un juif collaborateur.

    Ce ferrailleur bessarabien devenu un des rois de l’Occupation fit fortune avec les Allemands en leur vendant des métaux ferreux parfois défectueux. Il usa de ses contacts pour libérer des juifs et finança en parallèle le réseau de résistance Honneur de la police. Il joua sur tous les tableaux.

    Au One Two Two, le lupanar le plus huppé du Paris occupé, «Joano» sablait le champagne avec les verts de gris et la fine fleur de la collaboration. À la Libération le monde des maisons d’illusion pas vraiment résistant va être menacé. Dans La Fermeture. 13 avril 1946, la fin des maisons closes, Boudard l’enquêteur tire de l’ombre ce jour oublié qui a fait la France. Il décortique la légende de Marthe Richard, ancienne espionne de 14-18, qui laissa son nom à cette loi abolitionniste. «C’est la base d’une civilisation millénaire qui s’écroule», écrivait Pierre Mac Orlan. La biographie officielle de «notre Jeanne d’Arc anti-bordels» méritait une sérieuse révision.

    CITATIONS:

     » Je pense à présent qu’il faut se conduire toujours en homme du monde avec les putes et souvent en julot avec les bourgeoises.  »

    « Pour ne pas perdre ses illusions, le mieux c’est d’en avoir le moins possible.  »

    « Sans la pilule ça serait encore un gros péché de tringler hors des liens conjugaux.  »

     » Le printemps, c’est tout un poème. On en parle, on le pratique, on l’attend…  »

     

    Olivier Bailly : A quand remonte votre intérêt pour les maisons closes ?
    Alphonse Boudard : Je vais essayer de vous expliquer exactement la genèse de tout ça. J’ai toujours vécu avec ces histoires de bordels, de prostitution en toile de fond parce que ma mère se défendait comme ça.

    Quand on m’a fait des reproches sur le fait que je choisissais ce sujet j’ai dit que j’étais mieux placé qu’un autre pour en parler. Bon, historiquement, il fallait que j’apprenne des tas de choses, mais enfin, pour l’essentiel, j’avais compris un petit peu de quoi il s’agissait. J’ai évoqué les maisons dans différents livres, par exemple dans Bleubite où il y a une scène célèbre dans un bobinard, mais je n’avais pas l’intention du tout d’écrire là-dessus. Un jour, j’ai raconté à un ami, qui est directeur littéraire chez Laffont, ce que je savais sur la mécanique de la Fermeture. Il me dit « Faut faire un livre ».

    Moi je lui réponds que ça ne me paraît pas intéressant, suffisant, que tout ça est anecdotique seulement. Il en parle à Robert Laffont qui me rencontre, on discute et, de fil en aiguille, on en arrive à un contrat et un livre qui s’appellerait La Fermeture et qui serait inclus dans une collection, Ce jour-là dans laquelle il y avait eu le 6 juin 1944 le jour le plus long, le 14 juillet 1789 la prise de la Bastille, etc. et je pensais que finalement dans l’histoire les mœurs ont beaucoup d’importance et que le 13 avril 1946 est une date historique qui est d’ailleurs passée inaperçue parce que c’est une chose qui paraissait à l’époque un détail. Et puis la collection s’est arrêtée entre-temps, mais on a fait le livre qui s’appelle donc La Fermeture, le 13 avril 1946. Quarante ans après, en 86.

     Olivier Bailly : Maintenant ça fait 45 ans. On va faire une fête… les rouvrir ?

    Alphonse Boudard : Pourquoi pas ? Non, ce n’est pas possible de les rouvrir parce que c’est le passé. La marine à voile, quoi. Ça ne pourrait se rouvrir que sous une forme très, très différente. D’abord, légalement, on ne peut pas le faire parce qu’on a adhéré à une convention européenne sur le traitement des êtres humains en 1949, donc on ne peut pas. On a supprimé la peine de mort, on ne peut pas revenir sur cette question à cause de cette fameuse convention. C’est pareil avec les maisons closes. Bien sûr, on peut toujours se débrouiller de casser avec les autorités européennes sur ce problème, mais enfin on ne va pas s’amuser à ça. Et puis, surtout, les choses ont évolué tellement depuis 45 ans… On ne se rend pas compte, mais on a évolué dans la plupart des domaines infiniment plus en 45 ans qu’en 800 ans auparavant.

    Les mœurs s’en sont ressenties. L’éclatement de mai 68 fait partie de cette évolution. Alors, ce que je dis, par rapport à 1946, c’est que, si l’on n’avait pas fermé les maisons (parce qu’on ne les a pas fermées pour des raisons sociales ou morales, mais pour des raisons politiques), elles auraient continué, mais différemment. Parce que les filles qui viennent dire aujourd’hui « c’étaient des ghettos épouvantables… » ne le pourraient plus. Maintenant, les maisons seraient contrôlées par la police, par la sécurité sociale et les filles qui y travailleraient bénéficieraient toutes de l’assurance sociale, des congés payés et de la retraite comme les autres travailleurs…

     Olivier Bailly : Des fonctionnaires du sexe…

    Alphonse Boudard : Des espèces de fonctionnaires du sexe et ce serait encore le meilleur moyen pour contrôler le proxénétisme. Le gros défaut des maisons, c’est qu’elles étaient l’affaire des proxénètes et de la police, alors…

     Olivier Bailly : Pourquoi de la police ?

    Alphonse Boudard : Parce que les proxénètes les contrôlaient et elle savait beaucoup de choses par les maisons. Maintenant les flics vous disent qu’ils s’en foutent, qu’ils ont les écoutes et que c’est bien plus intéressant que le bordel. Alors vous voyez que les choses ont évolué.

     Olivier Bailly : A l’époque, la police a t-elle tenté d’exercer des pressions pour que les pressions restent ouvertes ?

    Alphonse Boudard : Elle a essayé, mais elle ne le pouvait pas. Elle n’était pas assez forte. Pendant une période d’environ trente ans elle a essayé de faire marcher les clandestins, ce qu’on appelait les « clandés », c’est-à-dire des maisons qui avaient une autorisation des flics et qui continuaient à fonctionner. Marcellinest arrivé en place et a démantelé tout ça. Après, il y a eu les systèmes des flics qui contrôlaient les hôtels de passe. On a aussi démantelé ça en faisant tomber les patrons des hôtels pour proxénétisme hôtelier. A chaque fois on a cassé un peu le système, mais il renaissait toujours d’une autre façon et, la grande difficulté, c’est que, quand il renaît, on le contrôle encore moins et il est encore plus douloureux peut-être pour les prostituées.

    Je veux dire qu’elles avaient plus de protection dans un bordel que dans le Bois de Boulogne, plus même dans un hôtel de passe qui était pourtant lamentable que dans le Bois de Boulogne. Quand MadameBarzach a été se balader naïvement dans le Bois, elle est revenue horrifiée en disant qu’il fallait rouvrir les maisons.

    C’était une réaction de femme qui ne connaissait pas le problème. Les flics répondent à ça d’une part on ne peut pas les rouvrir à cause de la convention que j’ai évoquée et d’autre part qu’il vaut mieux les garder dans le Bois de Boulogne parce que pendant qu’elles sont là elles ne sont pas ailleurs et, au moins, on sait où elles sont… Mais pour en revenir à cette évolution dont je parlais tout à l’heure, je vois trois choses formidables depuis 1945 : il y a mai 68 et deuxième il y a la drogue. Autrefois, les macs tenaient les filles par le violon, la sérénade ? «  j’t’adore », etc. Et puis il les mettaient au tapin et les tenaient ensuite par la violence. Maintenant, il y a la came. Et c’est terrible ! On met accroc les filles… Et puis tertio, qui va compliquer tout : le Sida. A ajouter à cela, que je rattache à 68 dans l’explosion des mœurs : les travestis, l’homosexualité. Alors, vous voyez que ce n’est plus la même chose. Quand on parle de nos histoires de l’âge d’or des maisons closes avec Romi, on parle du bateau à voiles, on parle de choses disparues.

    Olivier Bailly : Ça fait partie de l’histoire

    Alphonse Boudard : Ça fait partie de l’histoire. Alors je ne vois pas pourquoi (agacé)…C’est là où j’ai été assez choqué. Parce qu’il y a des libraires qui ne me mettaient pas en vitrine ou qui disaient « nous on ne peut pas beaucoup vendre ce livre parce que notre clientèle ne comprendrait pas.. ». J’ai eu des gens qui venaient faire signer le bouquin en disant « mettez pas mon nom surtout ».

     Olivier Bailly  : Ou « c’est pour un ami »

    Alphonse Boudard : Ouais, c’est pour un ami ou « ah oui, j’aime bien lire vos livres, mais je ne peux pas prendre celui-là, je ne peux pas le laisser dans ma bibliothèque… ». On en est là. Des contradictions. ! D’un côté tu as Canal+…Minuit… T’as un film hard. Et de l’autre t’as des gens qui te disent ça. Tout cohabite, c’est curieux.

     Olivier Bailly : C’est vachement plus puritain qu’il y a 45 ans

    Alphonse Boudard : On en parlait plus facilement parce que ça existait. On disait bon y’a le bordel et puis voilà.

     Olivier Bailly  : C’était une institution, en somme ?

    Alphonse Boudard : Dans une petite ville il y avait l’église, il y avait le bistrot du coin, le bordel et le couvent des oiseaux, enfin il y avait différentes choses qui cohabitaient. Et c’est fini. C’était une espèce de tissu social qui était autour du village, autour de l’artisanat, de la paysannerie, qui n’existe plus. Evidemment, on parle de marine à voile, c’est bien d’en parler parce qu’on dit « il est magnifique ce voilier, il est formidable », mais il y a les mecs dans la galère qui rament aussi, puisqu’on est sous Louis XVI… Donc, c’est beau, c’est une très belle chose à voir, mais, bien sûr, il y a toujours le côté noir… Ceux qui travaillent dans les soutes.

     Olivier Bailly  : Vous ne prenez jamais parti ?

    Alphonse Boudard : Ah je peux pas ! Je peux pas ! D’abord, je ne suis pas juge. Je ne dois pas me placer d’un point de vue ou d’un autre. Il est évident que quand je parlais des grands criminels, j’ai essayé de faire la part des choses. D’un côté les circonstances atténuantes et de l’autre les circonstances aggravantes. Prenons le cas de Bonnot. On vient de chez Maxim’s, on bouffe, on se conduit comme des procs devant ce qui type qui est seul aumonde. Mais auparavant, quand il est venu de Lyon avec son copain l’anarchiste et qu’il raconte comment il l’a blessé et achevé pour qu’il ne souffre pas et comment il lui a piqué son pognon… Là il se conduit vraisemblablement comme la pire des crapules. Mais c’est pourtant le même homme. Quand je prends le cas de Landru. Il s’occupe de sa famille, il a quatre gosses, il n’est pas si mal (rires)…

     Olivier Bailly  : C’est un bon père de famille !

    Alphonse Boudard : Oui, mais même quand il est avec sa maîtresse, il est un remarquable amant, et pas seulement au lit, mais dans le comportement. C’est ça le comportement des hommes. Il faut tout dire. Et c’est pareil pour les bordels. Il faut dire ses splendeurs, ses attraits, ses drôleries et puis il faut dire aussi la tôle d’abattage, les horreurs. Je trouve qu’on ne peut pas faire une étude sérieuse sur les bordels sans lire par exemple le livre de Maxence Van der Meersch Femmes à l’encan qui a exprimé des choses justes.

     Olivier Bailly : Donc il y avait maisons closes et maisons closes ? Il y avait les maisons de société où la fine fleur du tout-Paris venait prendre un verre sans forcément consommer et puis il y avait les tôles d’abattage, immondes…

    Alphonse Boudard : Si vous voulez, au départ, quand il y a les maisons, dans la première période du XIXème siècle, elles existent, on sait qu’elles sont là, on sait que les militaires vont dans ces endroits et que les messieurs qui ont des petites envies ou des passions particulières y vont également, mais on n’en parle pas. Et puis, à partir du moment où les artistes commencent à en parler, ça explose. Alors Lautrec, alors Maupassant, alors Lorrain, etc. Mais elles ne sont pas encor, à ce moment-là, au point de devenir ce qu’on appellera des maisons de société. La première expérience dans ce domaine c’est le Chabanais qui l’inaugurera. Le Chabanais est d’abord réservé aux membres du Jockey-club. Là, on fait dans le snob. C’est là que va venir le futur roi d’Angleterre, le Prince de Galles qui sera Edouard VII. C’est là que vont venir une quantité de gens chics, les présidents, les rois en vadrouille… Ils viennent tous faire un tour là et, par la suite, en 1920 et quelque, quand Jamet ouvre le One two two, il invente la formule club, il fait une sorte de complexe. Alors il y a le bordel avec les filles, il y a le restaurant où on fait le bœuf à la ficelle et puis il y a le club et les gens viennent. Ça va faire le renom de la maison parce que tout le monde va y passer.

     Olivier Bailly  : C’est une sorte de salon. Il faut en être ?

    Alphonse Boudard : C’est ça. Et le fait qu’on voit Maurice Chevalier, Tino Rossi ou Colette donnera de l’éclat à la maison. Forcément, c’est rare que des types du niveau de Maurice Chevalier ou Tino Rossi grimpent devant tout le monde avec une pute. Mais il y a d’autres clients qui sont des célébrités comme Georges Simenon ou Michel Simon qui y vont carrément et on le sait et ils ne s’en cachent pas du tout. Mon ami Romi, lui, allait faire des dessins. Il finissait par être copain avec la patronne, elle était contente, puis après il gardait les dessins et c’est comme ça qu’il a des témoignages. Il gardait les cartes de visites, les cendriers parce que c’est un collectionneur et c’est un peu un esprit savant. Alors ça, c’était la nouvelle formule. Après, il y a eu le Sphinx qui était une espèce de club, également, et les choses auraient pu encore évoluer. On aurait vu Régine qui aurait tenu à la fois sa boîte, un bordel, un restaurant, etc. Elle aurait été fabuleuse, là-dedans ! D’ailleurs, on a eu un projet de film ensemble sur un sujet comme ça. Elle collait bien.

    Français : Alphonse Boudard, romancier françaisFrançais : Alphonse Boudard, romancier français (Photo credit: Wikipedia)

     Olivier Bailly  : Un peu avant 1946, au moment de la guerre, il y avait déjà des rivalités entre les grandes maisons. Certaines étaient pro-allemandes, d’autres non…

    Alphonse Boudard : Bof…On a raconté ça après… Mais il y avait des rivalités sérieuses qui étaient des rivalités commerciales, si je puis dire. C’était comme Leclerc et Carrefour. C’était ça…. Sous l’occupation, à mon avis, il s’est passé la chose suivante : vous comprenez qu’un type qui fait un business où il vend des bonnes femmes, c’est un voyou. Souvent il vient de la plus basse truanderie et il a monté les échelons parce qu’il est intelligent. Quand l’occupation est arrivée, ils ne savent pas ce qui va se passer. Personne ne le sait. Alors, les Allemands filent des règlements, réquisitionnent des maisons pour eux et puis s’arrangent avec les voyous.

    Les Allemands avaient un fric fou qui leur était donné par le gouvernement de Vichy au titre de l’indemnité journalière de guerre. Ce fric, ils le dépensent et il va alimenter tout. Il y a le marché noir, il est là, tout près, parce que vous pouvez pas tenir des maisons de luxe sans faire du marché noir. Vous n’allez pas là-dedans pour bouffer des rutabagas et boire de l’eau fraîche. Donc, il sonttrès liés aux Allemands et ils sont liés au marché noir et les Allemands savent que le marché noir est une bonne façon de tenir les gens.

    Les plus intelligents parmi eux ne viennent pas en disant « dites donc, on va faire ça, si vous ne nous donnez pas ça, vous serez fusillés ». Non, ils corrompent, ils se démerdent, ils s’arrangent, c’est plus malin. Les seuls tauliers qui auront un esprit vraiment à peu près résistant sont des gens par exemple qui sont d’origine juive. Ils comprennent très vite de quoi il retourne et eux sont forcément coincés. Quelques-uns uns. Mais dans l’ensemble ils attendent l’évolution de la situation et quand l’année 43 arrive, le vent tourne, ils prennent des garanties : ils ont caché trois Juifs dans la cave, ils ont planqué un parachutiste anglais, ils donnent de l’argent à la résistance qui traîne par là, de façon à être peinards.

    Mais la plupart ont été très mouillés avec les Allemands au point que beaucoup de grands tauliers, ceux qui tenaient les taules d’abattage, en croquaient avec la Gestapo. C’était une super police qui était au-dessus de la police française et qui pouvait envoyer chier les flics français en s’appuyant sur les Allemands.

     Olivier Bailly : C’était une époque idéale pour la pègre qui régnait impunément

    Alphonse Boudard : Bien entendu. Quand la Libération est arrivée se sont conjuguées deux choses : les moralistes qui venaient du MRP, parti chrétien qui était contre le bordel, et les communistes qui parlaient au nom de la patrie. Vous ne pouviez pas demander aux autres de ne pas suivre. Il est évident que quand l’affaire se déclenche on ne voit pas la nécessité absolue de s’occuper de fermer les bordels. Ce qui a sauvé les choses à ce moment-là, ce qui a sauvé les abolitionnistes, ces les antibiotiques. Si les antibiotiques n’étaient pas arrivés en même temps on avait une situation qui grimpait dans le domaine prophylactique… Un recrudescence de maladies vénériennes genre syphilis. Alors on aurait fait machine arrière.

    Et là, boum ! tout d’un coup, ils arrivent. Parce que les anti-abolitionnistes avaient dit « attention ! si vous fermez, vous allez voir, ça va grimper. Parce que les filles sont surveillées, ici ». Il y avait même des endroits, les fameux bordels qui étaient tenus par les Allemands, où la capote anglaise était obligatoire.

     Olivier Bailly : Malgré son nom ?

    Alphonse Boudard : (Rires). Malgré son nom, c’est que j’allais dire…Donc, la situation était grave et, tout d’un coup ça a été le miracle. C’est à ajouter à ce que je disais tout à l’heure à propos de l’évolution des mœurs. Il y a eu en 46-47 l’arrivée des antibiotiques qui suppriment les maladies vénériennes importantes de l’époque.

     Olivier Bailly : A l’époque ça ne pardonnait pas…

    Alphonse Boudard : Sauf que le syphilis n’était pas mortelle à tous les coups et qu’on pouvait parfois en guérir… Si elle était prise à temps et même avant les antibiotiques. Et puis sont arrivés la pilule et tous les contraceptifs possibles plus la loi qui autorise la loi sur l’avortement. Autant de choses qui ont compté dans cette fameuse évolution des mœurs.

     Olivier Bailly : Venons-en à Marthe Richard. Vous avez découvert à son sujet des choses inavouables. Etait-elle complètement pure ?

    Alphonse Boudard : Ah non, non… Pas du tout. Je suis sévère avec elle quand elle se place sur le plan où elle s’est placée en disant « je suis une moraliste qui a fait fermer les maisons ». Ça , c’est une blague. Là, je démonte tout le truc et ça n’a été possible qu’après sa mort parce qu’elle avait bénéficié d’une loi d’amnistie en 47 et on ne pouvait évoquer un certain nombre de choses dans sa vie, entre autres le fait qu’elle avait été elle-même prostituée et qu’elle avait eu des problèmes pour des affaires de drogues et des complicités d’escroquerie avec des personnages qui émargeaient à la Gestapo du boulevard Flandrin. C’était donc on ne peut plus noir. Elle a cependant réussi ce tour de passe-passe de devenir le symbole de la lutte contre la prostitution.

     Olivier Bailly : Elle s’est refait une vertu

    Alphonse Boudard : Totalement ! Et elle n’a joué que de la vertu, après. Elle est morte à 92 ans, avec la Légion d’honneur. On disait « Marthe Richard, la mère la vertu ». C’était pas ça du tout ! C’était le contraire. Voilà. Quand j’ai écrit le livre j’en ai consacré la moitié à Marthe Richard pour démontrer point par point qu’il s’agissait d’une légende. Je l’ai fait avec des documents très sûrs, de police. J’ai eu la fiche des renseignements généraux entre les mains eh bien, malgré cela, on entend toujours les gens dire « Ah ! Marthe Richard qui a fait fermer les maisons…Cette dame est respectable, c’est formidable ». Bon, elle n’a pas toujours eu 80 ans. D’où viennent les vieilles dames !

     Olivier Bailly : Revenons à la maison. Ou plutôt aux maisons. Filles du trottoir et filles des bordels bénéficient-elle du même traitement artistique ?

    Alphonse Boudard : On trouve une littérature autour des filles du trottoir. Chez Carco, chez les auteurs de la Série noire…Parce qu’il y a le lieu. Vous ne retrouverez pas cette jubilation ni ces artistes autour des taules d’abattage. Il y a quelques croquis, il y a des histoires, mais elles sont assimilées à peu près aux filles de la rue. Ce qui a provoqué l’intérêt des artistes autour des maisons c’est précisément parce qu’il y a eu le cadre, il y a une espèce de cérémonie, un lieu d’amour, le temple de l’amour physique, et puis il y a « Madame », il y a une ambiance et puis les gens, comme du One two two, du Chabanais, de la rue des Moulins où Toulouse-Lautrec avait sa chambre, ont créé un certain climat.

     Olivier Bailly : Une mythologie ?

    Alphonse Boudard : Une mythologie. Et ils sont revenus en cela à l’Antiquité…Ce que l’on peut reconstituer de Pompéi, on le doit aux artistes de ce genre. Voilà pour les maisons luxueuses. Les maisons de qualité moyenne, si je puis dire, ont été reconstitué par des gens comme Lorrain ou Maupassant dans leur côté convivial, province, etc. C’est vrai que si vous imaginez des gens qui sont par exemple représentants de commerce, ils arrivent dans une ville, à Yvetot, à Carpentras, le soir, ils sont au restaurant, je les ai vus, j’ai été dans des endroits comme ça pour des films ou des livres, ils bouffent puis ils vont regarder la télé et ils vont se coucher. S’ils ont des envies d’aller draguer ou de chercher une fille, ils ne trouvent rien ! Il y a des fois des espèces de boîtes qui sont à 25 kms, puis barka ! Ils ne vont pas aller se fatiguer là toute la nuit. Quand ils avaient le bobinard, ils connaissaient, ils y allaient, ils se retrouvaient entre copains, ils y venaient pour consommer une fille ou simplement pour prendre un verre, une coup de champ’, je ne sais quoi… Ils discutaient avec la patronne, elle les connaissait, c’étaient le gars qui vendait le Pernod ou qui vendait des bas ou de la porcelaine [lire l’excellent Femmes blafardes de Pierre Siniac, Rivages. Ndr]… C’était ça.

     Olivier Bailly : Il y avait donc un aspect très social

    Alphonse Boudard : Ah complètement, complètement ! C’était des bistrots avec des « montantes ». C’était ce que racontaient des gens comme Maupassant.

     Olivier Bailly : Au moment de la Fermeture, des gens se sont retrouvés sur le sable, et pas seulement les filles.

    Alphonse Boudard : Les macs se sont pas trop mal débrouillés. Ils ont pris des prête-noms qui ont tenu les hôtels de passe et puis eux ils sont allés se retirer à la campagne, pécher à la ligne, taper le carton… certains, qui avaient des maisons de luxe, des maisons très célèbres, n’ont pas pu se recycler parce qu’on ne pouvait pas remplacer, refaire autre chose d’équivalent au One two two ou au Chabanais et ils ont été plus ou moins ruinés. Ils ont essayé de se lancer dans d’autres activités, mais ce n’était plus pareil. Alors le bluff a été pour les filles. Parce qu’on racontait « bon on va fermer les maisons et le problème est résolu », mais il n’est pas résolu du tout et elles se sont toutes retrouvées sur le trottoir. Elles avaient les mêmes macs, les mêmes structures, elles étaient autour des hôtels et elles faisaient le tapin dans la rue Saint-Denis ou à Barbès-Rochechouart. C’était exactement la même chose.

    Olivier Bailly : Pire peut-être ?

    Alphonse Boudard : Peut-être pire, en tous cas, parfois, elles étaient carrément dehors et quand il fait froid…

    Alors il y a des gens, très respectables d’ailleurs, qui veulent sauver des filles de joie et qui leur proposent des lieux genre petite pension de famille où on va les rééduquer, leur apprendre un métier, mais ça a marché que pour des putes qui étaient en bout de parcours. Ils sont à côté de la plaque parce qu’ils font des choses tout à fait honorables, utiles, mais pour une infime minorité…

     Olivier Bailly : Que sont devenus les objets baroques, les objets particuliers que l’on trouvait dans les maisons closes ?

    Alphonse Boudard : ça a été baladé de tous côtés, mais la plus grande vente a été faite après la Fermeture par Maître Maurice Rheims qui est aujourd’hui à l’Académie française. Romi, lui, a récupéré certaineschoses.Le fameux siège et la baignoire en cuivre rouge en forme de cygnes se sont retrouvés chez Alain Vian, le frère de Boris, et chez Dali. C’est Dali qui a acheté la baignoire. Il trouvait que c’était un objet éminemment surréaliste. Le siège a été revendu en salle des ventes où il a fait 22 millions de centimes et c’est la descendante de l’ébéniste qui l’avait fabriqué qui l’a acheté.

     Olivier Bailly : Est-ce qu’il y encore de signes visibles, des preuves de l’existence de ces maisons dans Paris aujourd’hui ?

    Alphonse Boudard : Il y a encore des petites traces par-ci par là, mais les principales maisons n’existent plus. Le Chabanais, par exemple, est toujours là. Il y a des gens qui y vivent. Rue des Moulins, il n’y a plus rien. Je crois qu’il y a une agence de voyage à la place. L’immeuble où était le Sphinx a été démoli, boulevard Edgar-Quinet. Reste comme témoignage évident celui où, dit-on, le Maréchal Goering est venu baiser un jour de 1941 au 50, rue Saint-Georges.Au 9, rue de Navarin il faut que vous essayiez de rentrer sous le porche et de regarder de côté. Là on comprend tout de suite. D’abord, il y a une façade curieuse. Il y a des fenêtres en forme de hublot et puis, sur le côté, on peut découvrir ce que c’était.

    Au 106 boulevard de La Chapelle était une taule d’abattage célèbre qui est devenue après la Fermeture et pendant 25 ans environ le siège de l’Armée du salut. Et puis maintenant c’est un bazar nord-africain. Au One two two, 122, rue de Provence, c’est maintenant le syndicat des cuirs et peaux…Je crois qu’il y a eu un grand tort… On aurait du garder le Sphinx, le Chabanais, le One two two, la rue des Moulins, il y en a eu plusieurs comme ça… Enfin, on aurait pu en garder deux, trois. C’est des pièces historiques. On va bien voir la Conciergerie. C’est une taule, hein ? C’est moins gai encore

     Olivier Bailly : Vous avez travaillé en collaboration avec Romi pour ce bouquin. Son nom évoque malheureusement peu de choses pour les lecteurs d’aujourd’hui. Pourriez-vous nous en parler ?

    Alphonse Boudard : Ah Romi ! C’est un type formidable ! C’est un homme qui a tous les dons possibles. Il dessine très bien, il écrit très bien et il s’intéresse à tout ce qui est la petite histoire et aux choses qui paraissent être sans importance, mais qui finalement en ont. Il a fait de nombreux bouquins. Il y a quelques années il a sorti un livre tout à fait intéressant sur les célébrités oubliées. Il a regardé depuis 1789 les types qui, en leur temps, tout à coup, ont été aussi célèbres qu’aujourd’hui pourrait l’être Tapie et puis qui sont oubliés. Il s’est beaucoup occupé de l’histoire des mœurs puisqu’il a fait des livres sur la prostitution et il a une documentation, une iconographie fabuleuse. Il s’est intéressé à l’art, aux surréalistes notamment, et à l’art naïf.

    C’est un homme qui toute sa vie a collectionné des choses autour de lui. Il est âgé, il a un esprit absolument de jeune homme. Il est en train de faire un bouquin sur l’histoire anecdotique du pet depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours ! Je lui fais une préface. C’est un volume énorme. Il a été chercher des parties de pétomanie sous Louis XIV ! C’est formidable ! Il a un esprit curieux. On peut lui parler de n’importe quoi, il sait tout. Il a fait un n0 du Crapouillot sur les monstres. Non, mais vraiment, c’est un type qui m’épate ! Il a donné dans le fait-divers aussi. Enormément. Je suis certain que c’est un auteur qu’il faudra redécouvrir, qu’il faudra rééditer.

    Au même titre que Marcel Montarron qui a été le grand homme du fait-divers depuis la naissance de Détective jusqu’à ce qu’il s’arrête. Je voudrais bien qu’on redécouvre Romi parce que c’est aussi très précieux, ça fait vraiment partie de la culture, beaucoup plus que des spéculations intellectuelles.

     

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  • La tuberculose, maladie romantique du 19ème siècle

    La tuberculose, maladie romantique au XIXe siècle
    Quelques héros de la littérature romantique atteints de tuberculose

    I. INTRODUCTION

    1. Définition du Romantisme

    Le terme Romantisme désigne un ensemble de mouvements artistiques et littéraires qui se sont épanouis en Europe au XIXe siècle sur la base d’un rejet du rationalisme et du classicisme.

    Le romantisme se caractérise par le libre cours donné à l’imagination et la sensibilité individuelles, qui le plus souvent traduisent un désir d’évasion et de rêve (réveil de la poésie lyrique, rupture avec les règles et les modèles, retour à la nature, recherche de la beauté dans ses aspects originaux et particuliers).

    Après la période romantique, la littérature et l’art ont évolué vers le Réalisme.

    2. Définition de la tuberculose

    La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes. Elle est due à une bactérie qui détruit les tissus et crée des cavités.

    La maladie serait aussi vieille que l’humanité ; elle est connue et décrite depuis l’Antiquité. Dans le cas de la tuberculose osseuse, le diagnostic est possible sur les ossements (par exemple sur les momies égyptiennes).

    L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, où elle a été responsable de près d’un quart des décès des adultes en Europe.

    Elle tue encore près de deux millions de personnes chaque année dans le monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

    On compte dans le monde une nouvelle infection par le bacille tuberculeux chaque seconde
    Un tiers de la population mondiale est actuellement infecté
    De 5 à 10 % des sujets infectés (non infectés par le VIH) développent la maladie ou deviennent contagieux au cours de leur existence

    3. Existe-t-il un lien entre Romantisme et tuberculose ?

    Pour répondre à cette question, nous étudierons les symptômes de la tuberculose et les caractéristiques du Romantisme. Le lien apparaîtra grâce à la mise en parallèle des deux.


    II. LA TUBERCULOSE AU XIXe SIÈCLE : IMAGE ET RÉALITÉ

    Au XVIIIe et XIXe siècle, une personne sur quatre était atteinte de la tuberculose. L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle. Première cause de mortalité aux Etats-Unis à l’époque, il était rare que, dans une famille, il n’y ait pas au moins un cas de tuberculose.

    Le terme de « tuberculose » n’est d’ailleurs apparu qu’au XIXe siècle (après 1830 plus précisément). Auparavant, la maladie était appelée :

    Phtisie (terme qui vient du grec et signifie « dépérissement »)
    Consomption (de « consumer »)
    Peste blanche

    L’image de la tuberculose a été romantique pendant le XVIIIe siècle, lorsque la maladie n’était pas encore trop répandue, et jusqu’au milieu du XIXe siècle, où elle est devenue une épidémie. Cette image n’était pas seulement véhiculée par les écrivains et les peintres, mais aussi par les médecins. Avec la propagation massive de la tuberculose, plus particulièrement dans les classes laborieuses, l’image de la maladie a changé, bien que les deux images (maladie romantique et maladie du prolétariat) aient cohabité un certain temps.

    Vers 1820, sous la Restauration, on pensait qu’elle était héréditaire, qu’elle frappait les êtres sensibles et fragiles et « consumait les êtres brûlants de passion ». C’est dans les années 1830, sous la Monarchie de Juillet, que l’on a remarqué que la maladie était plus fréquente dans les couches sociales les plus pauvres. Dans les années 1840, la femme atteinte de tuberculose était encore associée, dans certains milieux, à la vision romantique. De la fin des années 1860 au début des années 1880 (Troisième République), la probabilité de contagion était évoquée. Aux alentours de 1900, par contre, la tuberculose était considérée comme un fléau national et reconnue comme étant très contagieuse.

    Au début du XIXe siècle, la tuberculose s’est répandue en masse en Angleterre et en particulier à Londres, à cause de l’industrialisation et ses conséquences (mauvaises conditions d’habitation, carences alimentaires, travail long et difficile). Puis elle a atteint les grandes villes du continent. Les personnes âgées de 20 à 40 ans, économiquement productives, étaient particulièrement touchées. Leur mort avait alors des retombées économiques.

    Le diagnostic précoce de la maladie était primordial pour lutter contre la tuberculose. Une campagne d’information et de prévention a également été nécessaire. Des tracts ont été distribués et des affiches interdisant de cracher ont été accrochées dans les bâtiments publics et les transports en commun. L’information est passée non seulement au moyen de brochures et de livres, mais aussi par l’intermédiaire de films et de pièces de théâtre. La propreté, l’aération et l’ensoleillement ont aussi eu un rôle important dans la prévention et la lutte contre la tuberculose.

    III. DESCRIPTION DE LA MALADIE

    La tuberculose est une infection des poumons et d’autres organes.

    Les autres organes qui peuvent être atteints sont :

    La plèvre
    Les os
    L’appareil urinaire
    L’appareil génital
    Les méninges
    Les ganglions lymphatiques
    Les reins
    Le tube digestif

    La maladie est due à une mycobactérie acido-alcoolorésistante aérobie, Mycobacterium tuberculosis, ou bacille de Koch (BK). Elle a une taille de 1 à 4 µm de long et 0,2 µm de large et sa croissance est lente. Il existe deux autres vecteurs de la tuberculose, Mycobacterium africanum, qui est très proche du précédent, et qui est fréquent chez les malades d’Afrique de l’ouest et du centre, et Mycobacterium bovis, l’agent de la tuberculose bovine, qui peut infecter l’homme et d’autres animaux.

    La transmission se fait par voie respiratoire ou alimentaire (lait contaminé) :

    Par voie aérienne, les bactéries sont transmises par l’intermédiaire des sécrétions d’origine nasale, salivaire ou par les expectorations pulmonaires, lors d’éternuements ou de toux. Les bactéries pénètrent par le nez et la bouche et atteignent les poumons, à partir desquels les germes peuvent être disséminés par la circulation sanguine vers d’autres régions de l’organisme. Dans les semaines qui suivent l’infection, le système immunitaire réagit à la présence des germes et empêche dans 90 % des cas leur multiplication et leur dissémination. Certains cas seront porteurs de la bactérie toute leur vie.

    Autrefois, la contamination était possible par consommation de lait contaminé, dans le cas de contamination par M. bovis. Dans ce cas, le temps d’incubation est de deux ans.

    L’infection se fait en deux temps. Il y a d’abord la tuberculose primaire ou primo-infection : c’est le premier contact entre l’organisme et la bactérie. La primo-infection peut être latente (asymptomatique, 90 % des cas) ou patente (10 %). Dans le premier cas, il n’y a pas de symptômes apparents, seulement une réaction immunitaire. Dans 9 cas sur 10, la primo-infection évolue vers une guérison définitive de la maladie. Dans le cas contraire se développe la tuberculose de réinfection ou tuberculose-maladie.

    Les symptômes de la tuberculose sont :

    Fatigue
    Perte de poids
    Perte d’appétit
    Toux grasse
    Fièvre

    Les symptômes de la maladie sont assez discrets et peuvent être confondus avec les symptômes d’autres maladies, ce qui empêche souvent la détection à un stade primaire. Ils sont liés à la production de lymphocytes par le corps.

    Il existe plusieurs formes de tuberculose dont voici les plus fréquentes :

    La tuberculose pulmonaire est la seule forme de tuberculose qui soit contagieuse. Elle représente 90 % des tuberculoses. Elle se traduit par une exsudation dans les alvéoles pulmonaires et dans l’espace pleural. Les bronches sont ensuite atteintes.

    La diffusion du bacille par voie sanguine entraîne l’apparition de tuberculoses extra-pulmonaires. Elles sont très peu contagieuses. Parmi elles figurent la tuberculose osseuse, ganglionnaire, uro-génitale, pleurale, méningée, séreuse, rénale, articulaire, cutanée…

    IV. PREMIERS DIAGNOSTICS ET TRAITEMENTS

    Le diagnostic stéthoscopique a été réalisé pour la première fois par le médecin français René Laennec (l’inventeur du stéthoscope) en 1819.

    En 1882, le chercheur allemand Robert Koch a isolé le bacille responsable de la maladie, Mycobacterium tuberculosis.

    Le premier sanatorium gratuit a été fondé en Allemagne, le 15 août 1892, à la suite des lois sociales de Bismark qui, le premier en Europe, a mis en place un système d’assurances contre la maladie (1883).

    En 1890, Koch a cru découvrir un traitement contre la tuberculose : la tuberculine. Mais les vaccinations à la tuberculine ont causé la mort de beaucoup de malades, et le discrédit de Koch. La tuberculine a ensuite été utilisée pour le diagnostic de la maladie.

    Robert Koch a eu le prix Nobel de médecine en 1905 pour la découverte du vecteur de la tuberculose.

    Ensuite, de nouvelles thérapies ont été utilisées, comme le pneumothorax thérapeutique (qui est un épanchement d’air dans la plèvre, la séreuse tapissant d’un côté la cage thoracique et de l’autre les poumons), utilisé jusqu’aux années 1950. Elles ont fait concurrence aux sanatoriums.

    Les rayons X, découverts en 1895 par Wilhelm Conrad Röntgen, ont permis le diagnostic de la maladie et le contrôle de son évolution d’une manière plus exacte que la méthode de René Laennec.

    En 1921, Albert Calmette et Camille Guérin ont essayé avec succès le premier vaccin contre la tuberculose, baptisé BCG. Cette découverte a permis de faire avancer considérablement les traitements antituberculeux.

    La streptomycine, découverte par Selman A. Waksman en 1943, a été le premier antibiotique utilisé contre la tuberculose.

    V. COMMENT UNE MALADIE MORTELLE PEUT-ELLE ETRE ROMANTIQUE ?

    La tuberculose tue beaucoup mais discrètement, car lentement et « proprement ». En effet, la personne malade n’est pas physiquement enlaidie. Ce serait même l’inverse : la maladie peut lui apporter une certaine beauté, un certain charme. Par exemple, elle devient pâle, s’amincit, son regard devient brillant et ses gestes, traduisant sa faiblesse, peuvent montrer une certaine grâce. L’aspect fragile, lascif, tout comme celui, passionné, de ses yeux à l’éclat fiévreux, contribuent à l’attrait que donne la consomption. Bien que cette apparence ne traduise pas la réalité, ni la gravité de la maladie, elle a influencé les artistes de l’époque, qui ont fait de la femme phtisique une véritable icône.

    1. Lien entre tuberculose et romantisme

    A propos de la tuberculose, on peut dire que :

    L’épidémie a atteint son apogée au XIXe siècle, à l’époque du Romantisme
    La maladie a notamment les symptômes suivant :
     Fatigue
     Perte de poids
     Perte d’appétit
     Fièvre
    Il n’y avait pas beaucoup de traitements à l’époque : l’issue était très souvent fatale…

    Ainsi, les symptômes de la tuberculose sont proches de ceux du « Mal de vivre », très répandu au XIXe siècle et qui constitue caractéristique du romantisme, et de ceux de la dépression, dont le « Mal de vivre » est proche.

    Les symptômes du « Mal de vivre » ou le « Mal du siècle » sont :

    Désillusion
    Insatisfaction
    Pessimisme
    Mélancolie (spleen)
    Désespoir
    Désir de mourir
    Autodestruction

    Et ceux de la dépression :

    Humeur dépressive
    Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir
    Troubles de l’alimentation
    Troubles du sommeil
    Agitation ou ralentissement psychomoteur
    Fatigue ou perte d’énergie
    Auto-dévalorisation ou sentiment de culpabilité excessive
    Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision
    Pensées morbides (dans 60 % des cas)
    Pensées suicidaires (dans 15 % des cas)

    Par ses symptômes, la tuberculose s’inscrit donc parfaitement dans le mouvement romantique.

    De plus, la passion, dont certaines manifestations physiques sont proches des symptômes de la tuberculose, est également caractéristique du romantisme.

    Georges Gusdorf, philosophe et épistémologue français né en 1912 et mort en 2000, a très bien exprimé le lien entre tuberculose et romantisme lorsqu’il a écrit, dans L’homme romantique, ouvrage paru en 1984, qu’« avec le romantisme, l’atteinte au poumon est considérée comme une maladie de l’âme. La mort des tuberculeux prend ainsi une dimension esthétique. C’est une mort magnifique ».

    VI. QUELQUES ARTISTES DU XIXe SIECLE VICTIMES DE LA TUBERCULOSE

    Frédéric Chopin, compositeur et pianiste franco-polonais mort en 1849

    Les sœurs Brontë :
     Anne Brontë, romancière britannique décédée en 1849
     Emily Jane Brontë, poétesse et romancière britannique décédée en 1848
     Charlotte Brontë, romancière britannique décédée en 1855

    Friedrich Von Schiller, poète et écrivain romantique allemand disparu en 1805

    Rachel (Elisabeth Rachel Félix), actrice de théâtre suisse éteinte en 1858

    Anton Tchekhov, nouvelliste et dramaturge russe mort en 1904


    VII. LA LITTERATURE ROMANTIQUE ET LES PHTISIQUES

    Les auteurs romantiques ont aimé mettre en scène des « poitrinaires », car ceux-ci étaient souvent des jeunes gens dont le destin était brisé par la maladie. Il s’agit surtout de femmes et ce n’est peut-être pas un hasard, car la tuberculose a tué plus de femmes que d’hommes pendant la majeure partie du XIXe siècle.

    Nous allons découvrir quelques héroïnes romantiques atteintes de tuberculose, comme Marguerite Gautier, La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils (1848), Madame de Beaumont issue des Mémoires d’Outre-tombe de François-René de Chateaubriand (1848) et Fantine, l’un des personnages les plus misérables parmi Les Misérables de Victor Hugo (1862). Puis, dans un genre plus réaliste, Francine, dans les Scènes de la vie de bohème de Henry Murger (1851).

    Après l’époque Romantique, d’autres romans ont décrit le destin tragique de personnages atteints de la tuberculose : Germinie Lacerteux (1865) et Madame Gervaisais (1869) d’Edmond et Jules de Goncourt et L’Aiglon d’Edmond Rostand (1900) en sont des exemples (non évoqués plus loin).

    1. La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas fils, 1848

    La Dame aux camélias est un roman d’Alexandre Dumas fils publié en 1848.


    Il raconte l’histoire d’amour d’une courtisane atteinte de la tuberculose, Marguerite Gautier et d’un jeune bourgeois, Armand Duval. Il s’agit d’un récit dans le récit, puisqu’Armand Duval narre son aventure au narrateur initial du roman.

    Amoureux de Marguerite, Armand devient son amant et la convainc de renoncer à sa vie de courtisane pour venir habiter à la campagne avec lui. L’idylle est rompue quand le père d’Armand, soucieux de la réputation de sa famille, obtient de Marguerite qu’elle renonce à son fils. Ce dernier croit alors qu’elle n’était pas amoureuse de lui et qu’elle a un nouvel amant. Lorsqu’il comprend la tragique vérité, il se rend chez elle et arrive juste à temps pour recueillir ses derniers soupirs.

    Le roman est inspiré d’un fait divers réel : l’amour d’Agénor de Gramont (1819-1880), duc de Guiche, futur ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, pour la courtisane Marie Duplessis. Dans les faits, un oncle du jeune homme intervint pour mettre un terme à cette liaison jugée scandaleuse. Agénor de Gramont fut envoyé pour quelque temps à Londres, où il oublia Marie Duplessis. Celle-ci se maria avec le comte Édouard de Perrégaux et mourut de phtisie en février 1847.

    Le roman a fait l’objet de nombreuses adaptations (ballet, opéra, théâtre, cinéma). On peut citer notamment le célèbre opéra de Giuseppe Verdi, La Traviata (1853). Au cinéma, de nombreuses adaptations ont été réalisées, dont Le Roman de Marguerite Gautier (Camille) de George Cukor, avec Greta Garbo et Robert Taylor (1936) et même Moulin Rouge, une adaptation libre de Baz Luhrmann, avec Nicole Kidman et Ewan Mc Gregor (2001).

    Voici la description qu’Alexandre Dumas fils fait de Marguerite dans son roman :

    « Or, il était impossible de voir une plus charmante beauté que celle de Marguerite.
    Grande et mince jusqu’à l’exagération, elle possédait au suprême degré l’art de faire disparaître cet oubli de la nature par le simple arrangement des choses qu’elle revêtait. Son cachemire, dont la pointe touchait à terre, laissait échapper de chaque côté les larges volants d’une robe de soie, et l’épais manchon qui cachait ses mains et qu’elle appuyait contre sa poitrine, était entouré de plis si habilement ménagés, que l’œil n’avait rien à redire, si exigeant qu’il fut, au contour des lignes.
    La tête, une merveille, était l’objet d’une coquetterie particulière. Elle était toute petite, et sa mère, comme dirait De Musset, semblait l’avoir faite ainsi pour la faire avec soin.
    Dans un ovale d’une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint ; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu’ils s’abaissaient, jetaient de l’ombre sur la teinte rose des joues ; tracez un nez fin, droit, spirituel, aux narines un peu ouvertes par une aspiration ardente vers la vie sensuelle ; dessinez une bouche régulière, dont les lèvres s’ouvraient gracieusement sur des dents blanches comme du lait ; colorez la peau de ce velouté qui couvre les pêches qu’aucune main n’a touchées, et vous aurez l’ensemble de cette charmante tête.
    Les cheveux noirs comme du jais, ondés naturellement ou non, s’ouvraient sur le front en deux larges bandeaux, et se perdaient derrière la tête, en laissant voir un bout des oreilles, auxquelles brillaient deux diamants d’une valeur de quatre à cinq mille francs chacun.
    Comment sa vie ardente laissait-elle au visage de Marguerite l’expression virginale, enfantine même qui le caractérisait, c’est ce que nous sommes forcés de constater sans le comprendre. »


    2. Mémoires d’Outre-tombe, François-René de Chateaubriand, 1848

    Grâce à son roman René, publié en 1802, Chateaubriand est devenu un modèle pour les auteurs romantiques.

    L’auteur a décidé d’écrire ses Mémoires après la mort de Madame de Beaumont, c’est-à-dire en 1803. Celle-ci est morte de la tuberculose. Les Mémoires d’Outre-tombe sont parues en 1848, après la mort de leur auteur.


    Chateaubriand la décrit ainsi :

    « Madame de Beaumont, plutôt mal que bien de figure est fort ressemblante dans un portrait fait par madame Lebrun. Son visage était amaigri et pâle ; ses yeux, coupés en amande, auraient peut-être jeté trop d’éclat, si une suavité extraordinaire n’eût éteint à demi ses regards en les faisant briller languissamment, comme un rayon de lumière s’adoucit en traversant le cristal de l’eau. Son caractère avait une sorte de raideur et d’impatience qui tenait à la force de ses sentiments et au mal intérieur qu’elle éprouvait. Ame élevée, courage grand, elle était née pour le monde d’où son esprit s’était retiré par choix et malheur ; mais quand une voix amie appelait au dehors cette intelligence solitaire, elle venait et vous disait quelques paroles du ciel. L’extrême faiblesse de madame de Beaumont rendait son expression lente, et cette lenteur touchait ; je n’ai connu cette femme affligée qu’au moment de sa fuite ; elle était déjà frappée de mort, et je me consacrai à ses douleurs. »

    3. Les Misérables, Victor Hugo, 1862

    Les Misérables, roman de Victor Hugo paru en 1862, est l’une des œuvres les plus populaires de la littérature française. C’est un roman historique, social et philosophique dans lequel on retrouve les idéaux du romantisme et ceux de Victor Hugo.

    Le destin tragique de Fantine ouvre le roman (tome 1).

    À Paris, Fantine est la maîtresse d’un riche et volage étudiant, Thomolyès, qui l’abandonne. Elle donne naissance à une fille : Cosette. En route pour Montreuil-sur-Mer, sa ville natale, elle est contrainte de laisser sa fille en garde chez des aubergistes de Montfermeil, les Thénardier, afin de pouvoir trouver du travail.

    Malheureusement, les Thénardier, des individus peu recommandables, vont utiliser les moyens les plus sordides pour soutirer le plus d’argent à Fantine, prétextant des maladies de Cosette qui nécessiteraient des soins et des médicaments coûteux. Dans la réalité, ils ont fait de Cosette leur servante et la brutalisent. Fantine va s’épuiser à ne vivre que pour sa fille et, lorsqu’elle perdra son travail, durant les derniers mois de sa vie, elle vendra tout ce qu’elle a, y compris ses dents et ses cheveux. Enfin, à bout de ressources, elle se fait fille publique.

    À la suite d’un incident dont elle n’est pas responsable, l’intransigeant inspecteur de police Javert l’arrête et veut l’incarcérer. Le maire de Montreuil, monsieur Madeleine (alias Jean Valjean), s’oppose à son emprisonnement et la prend sous sa protection, car elle est gravement malade. Il lui promet de lui ramener Cosette. Malheureusement, Fantine mourra sans avoir revu sa fille.

    La fosse publique reçoit la fille publique…

    La maladie est symboliquement associée à la maternité : « Fantine avait nourri sa fille ; cela lui avait fatigué la poitrine et elle toussait un peu ».

    « La phtisie sociale s’appelle misère »

    4. Scènes de la vie de bohème, Henry Murger, 1851

    Henry Murger (1822-1861) passe sa jeunesse parmi les « Buveurs d’Eau », un groupe d’artistes-bohémiens du Quartier Latin que fréquentera notamment le photographe Nadar. En 1851, il publie les Scènes de la vie de bohème, un feuilleton de l’École Réaliste dans lequel il met en scène ses amis, sous des noms les masquant à peine. Le compositeur italien Giacomo Puccini en tirera son fameux opéra, La Bohème, en 1896.

    L’une des « scènes » raconte l’histoire d’amour entre Francine, atteinte de tuberculose, et Jacques, un artiste. Celle-ci minimise la gravité de sa maladie afin de passer les derniers temps qu’il lui reste à vivre le plus joyeusement possible avec l’homme qu’elle aime. Après sa mort, Jacques sera incapable d’achever une seule œuvre d’art.

    Voici quelques passages de l’œuvre :

    « Elle rencontra Jacques et elle l’aima. Leur liaison dura six mois. Ils s’étaient pris au printemps, ils se quittèrent à l’automne. Francine était poitrinaire, elle le savait, et son ami Jacques le savait aussi : quinze jours après s’être mis avec la jeune fille, il l’avait appris d’un de ses amis qui était médecin.
    Elle s’en ira aux feuilles jaunes, avait dit celui-ci.
    Francine avait entendu cette confidence, et s’aperçut du désespoir qu’elle causait à son ami.
    - Qu’importent les feuilles jaunes ? Lui disait-elle, en mettant tout son amour dans un sourire ; qu’importe l’automne, nous sommes en été et les feuilles sont vertes : profitons-en, mon ami… »

    « … nous irons demeurer dans un bois de sapins : les feuilles sont toujours vertes »

    « C’était le matin du jour de la toussaint, Francine venait de mourir. »

    VIII. CONCLUSION

    Par ses symptômes, à la fois proches du « Mal de vivre » et de la passion, ainsi que par son issue fatale et sa manière de tuer « proprement »,

    en embellissant, la tuberculose est la maladie idéale selon les artistes romantiques du XIXe siècle.

    Jamais, probablement, une maladie n’a à ce point

    représenté les idéaux d’une époque.

    Georges Gusdorf a écrit, dans L’homme romantique, que

    « les romantiques vieillissent mal, et sans doute les romantiques les plus authentiques sont-ils ceux qui ne vieillissent pas.

    La solution est de mourir jeune.

    La tuberculose, la consomption, maladie romantique par excellence, propose une issue radicale ;

    le poète jette son cri, et la maladie même atteste que l’existence, en sa banalité, a quelque chose d’insupportable ».

    IX. SOURCES

     http://arcaneslyriques.centerblog.net/2788281-La-tuberculose--maladie-romantique-du-19eme-siecle

     

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