• La Païva

    Paiva-copie-1.jpg

    "Une photo, là, sous vos yeux.

     

     Une photo de la marquise de Païva, peut-être - sûrement même - la courtisane la plus connue du second empire.

     

    De loin.

     Pourquoi ? Comment ?

     

    Quel a été son destin ?

     

     

     

    Voilà les questions que j'ai posé à ma Mamie pour en savoir plus. Ses réponses ont été sans concession.

     

    Extraits :

     

     

     

    Mais d’abord - avant de rentrer dans le vif du sujet -, une constatation d’ordre général. rarement les prostituées sordides des bas quartiers deviennent, sans secours extérieur, les élégantes soupeuses des restaurants lancés.

     

    Beaucoup ne le désirent pas.

     

    D’autres, plus ambitieuses, ne parviendraient jamais

    à "s’élever" sans l’ogresse.

     

     

    Et c’est un bien déroutant personnage l'ogresse.

     

     

     

    La Païva, petite juive moscovite qui devint la reine des Champs-Elysées 

     

    Une femme sans âge qui, reconnaissant en telle biche, en telle lorette quelque beauté, jette les yeux sur elle.

     

     

    Il s’agit de lui insuffler d’abord de l’ambition, si elle en a déjà. Il faut la décrasser, lui donner le goût de la toilette.

     

     

     L’ogresse procurera tout : bagues, bijoux, robes et châles, montres et colliers. Tout cela elle le louera.

     

     

    Tel est le secret, le bénéfice de l’opération.

     

    Afficher l'image d'origine 

     

     

     

    Le lancement d’une lorette, sa promotion éventuelle au rang de lionne, c’est une spéculation qui devra lui rapporter cent fois sa valeur. Tout se loue, jusqu’à des billets de banque nécessaires pour prouver que l’on a pas besoin d’argent !

     

    Afficher l'image d'origine

     

    C’est ainsi qu’à débuté, dans la carrière, la plus fameuse des courtisanes du second Empire Thérèse Lachman, marquise de Païva.

     Ma Mamie raconte la suite :

    "Elle laissait entendre qu’elle était fille d’un grand-duc. A la vérité, elle était née aux confins de la Russie polonaise, d’une famille juive très misérable. Très tôt, on la maria à un petit tailleur de Moscou.

     

     

    Elle s’enfuit, laissant à son mari un enfant trop encombrant. Ses ambitions allaient bien au-delà.

     

     

    Etait-elle belle ? Elle s’en persuadait et parvenait à en convaincre les hommes. Surtout, elle était bien roulé, un corps  vraiment splendide.

     

    Le visage l’était moins : un nez épaté, de gros yeux, une bouche brutale aux lèvres épaisses".

     

    Afficher l'image d'origine 

     

    Mais les yeux "brillaient d’une flamme conquérante". 

    Elle accourut à Paris. Après quelques aventures obscures, elle apparut soudain au grand jour - grâce au compositeur Herz qui lui donnait des leçons de piano - dans les milieux artistiques.

     

     

    On l’admira.

     

     

    Elle se vit lancée.

     

    Las ! En 1848, Herz, ruiné, l’abandonnait. 

    Elle tomba malade dans la foulée.

     

     

    Un jour, elle le suppliait de venir la voir. Il pénétra dans une chambre dénudée, trouva une femme à demi-morte. Il s’assit à côté d’elle. Elle lui dit :

     

     

     - "Tu vois où j’en suis... Il se peut que j’en revienne pas... Alors tout est dit... Mais si j’en reviens, je ne suis pas femme à gagner ma vie avec de la confection, et je veux avoir un jour, à deux pas d’ici, tu entends bien, le plus bel hôtel de Paris. Rappelle-toi ça."

     Thérèse se rétablit. Alors intervint l’"ogresse". En l'occurrence, une marchande de modes, nommé Camille. D’un regard, celle-ci avait jaugé la nouvelle lorette et ses ambitions. Sans hésitation, elle lui fournit un "arsenal de toilettes pour son grand coup".

    Elle réussit son grand coup.

     Dans son lit passa entre autres le duc de Guiche, plus tard, le duc de Gramont, l’un des amants de Marie Duplessis, la dame aux camélias... Une véritable consécration pour Thérèse Lachman.

     

     

     

    Une chose l’agaçait : son nom.

     

     

    Il ne convenait pas au genre de vie qu’elle s’était choisi.

     

    Elle aurait pu adopter un pseudo.

     

    Ainsi Emma Cruch était-elle devenu Cora Pearl.

     Thérèse n’était pas femme à se contenter de ces subterfuges. Un Portugais, à demi ruiné, le marquis Ajauro de Païva lui faisait la cour. Elle se refusa à lui. Puis, comme il s’avouait "dévoré d’une passion ardente", elle lui proposa, comme une grâce, de l’épouser.

     Fou de joie, il accepta.

     Le lendemain du mariage, s’il faut en croire ma Mamie, la nouvelle marquise de Païva tint à peu près ce langage à son amoureux satisfait :

     

     

     

    "Vous avez voulu coucher avec moi et vous y êtes parvenu en faisant de moi votre femme. Vous m’avez donné votre nom, je me suis acquittée cette nuit. J’ai agi en honnête femme, je voulais une position, je la tiens,

     

    mais vous, monsieur de Païva, vous n’avez pour femme qu’une putain, vous ne pouvez la présenter nulle part, vous ne pouvez recevoir personne :

     

    il est donc nécessaire de nous séparer, retournez au Portugal, moi je demeure ici avec votre nom et je demeure putain."

     Il y eut séparation de corps et de biens.

     

     

    Plus tard, définitivement ruiné par les femmes et par les chevaux, Païva se fit sauter la cervelle.

     Thérèse, restée Mme de Païva, augmenta naturellement ses tarifs.

     

     

    Dans sa chambre, elle avait fait placer - quel symbole ! - deux coffres-forts, l’un pour l’argent, l’autre au pied du lit pour les bijoux.

     

     

    Certaines de ses aventures ne se déroulèrent pas sans étrangeté. Ainsi en fut-il avec l’un de ses soupirants que, par caprice, elle laissait depuis des semaines sur son désir.

    Un matin, elle lui dit :

    "Vous voulez absolument coucher avec moi, vous y tenez, c’est votre idée fixe, il faut donc en finir avec votre idée fixe, il faut donc en finir pour vivre en paix avec vous. Que pouvez-vous m’offrir ?

     

     

    Je veux vous faire acheter la faveur que vous sollicitez.

     

    Avez-vous dix-mille francs ?"

     

     

     

     Le "solliciteur" ouvrit des yeux étonnés ; il répondit négativement.

     

    La Païva sourit, de ce sourire cruel qui, entre les lèvres épaisses, laissait voir ses dents parfaites, acérées.

     

     

     

     

    "Vous avez bien répondu, dit-elle,

    car si vous aviez avoué posséder dix mille francs, je vous en demandais vingt mill. Puisque vous n’avez pas dix mille francs, apportez-les moi, nous les brûlerons, et je serai à vous aussi longtemps que durera ce feu de dix mille francs."

    Le jeune homme salua et dit :

    "A demain, marquise."

     Le lendemain, quand ce soupirant trop empressé pénétra dans son boudoir, la Païva lui décrocha l’un de ces regards d’ironie qui eussent glacé un homme moins aveuglé.

     

     

    Lui ne pensait qu’au but - très précis - de sa visite.

     

     

    Il sortit de son portefeuille les billets et sans mot dire les tendit à la femme. Douze billets !

     

    Deux de plus qu’il n’avait été prévu :

     

    le sacrifice était plus complet, mais ces deux billets de mille francs représentaient quelques précieuses secondes...

     

     

    La Païva prit les billets, les disposa en cercle sur le guéridon de marbre. Ainsi placés, ils ne pouvaient brûler que les uns après les autres. Elle mit le feu au premier.

     

    Puis allongée sur le divan, elle attendit.

     Il n’était pas question de préliminaires.

     

    le jeune homme vola dans les bras de la courtisane et profita de sa bonne fortune, "en homme qui connaît le prix du temps".

     

     

     Quand il se releva, la Païva, goguenarde, le regardait.

     

     

    Sur le guéridon, un petit tas de cendres demeurait, seul témoin de ces épanchements contre la montre.

     

     

    Tranquillement, le jeune homme se réajustait.

    "Alors s’enquit, moqueuse, l’ex-Thérèse Lachmann.

     - Alors ? Ma pauvre enfant, je me suis foutu de toi. les billets avaient été si admirablement photographiés par mon ami Aguado que tu y a été trompée."

    "A ces mots, dit ma Mamie, la Païva bondit comme une panthère vers l’impudent. La courtisane bafouée aurait voulu poignarder, étrangler l’insolent, mais il y a des cours d’assises.

     

     

     

    Elle se contenta des coups de poignard que la langue peut porter ; elle les prodigua, elle accabla de termes de mépris le satisfait qui n’était plus amoureux et qui partit en époussetant ses genoux."

     

     

     

    Il paraît peu probable qu’elle ait pris pour devise celle que Paris lui attribuait ironiquement :

     

    "Qui paye y va."

    Mais elle la méritait. 

     

     

     Sa chance ultime, ce fut la rencontre du comte, futur prince de Donnersmarck. Ce Silésien, l’un des hommes les plus riches d’Europe, propriétaire de mines de zinc d’une valeur incalculable, la vit et l’aima.

     Donnersmarck ne vit rien : de cette prostituée, plus âgée que lui de plusieurs années, il tomba amoureux, sans retenue, follement. Elle joua le jeu éternel, se fit désirer, résista. Il prit au sérieux ce qui n’était qu’une tactique.

     

    Il quitta Paris.

     

     

    Elle en demeura stupéfaite, dépitée.

     

    Perdre le comte de Donnersmarck :

     

    c’était trop fort ! Renoncer ?

     

    Elle, la Païva ?

     

     

    Elle partit pour Berlin où commença son entreprise de séduction, où elle mit toute sa ruse, qui était profonde, et tous ses moyens qui étaient grands.

     

     

    Elle usa de ces flatteries légères qui enchantent l’âme, de ces rebuffades apparentes qui ne blessent pas l’amour propre. Il s’impatientait, piaffait, mais toujours revenait. Il pria, supplia tant qu’un soir elle se donna.

     Parce qu’il n’y avait dans la vie de Mme de païva qu’un seul dieu : l’argent. Sa nouvelle liaison allait lui permettre de rendre à cette idole le culte le plus étendu et le mieux avoué.

     Elle acheta sur le champ un terrain aux Champs-Elysées.

    Les petits journaux annonçaient l’état des travaux. Un jour, Aurélien Scholl s’en revenait des Champs-Elysées. On lui demanda s’il était passé devant l’hôtel en construction de Mme de Païva.

    "Où en sont les travaux ?

    - Ça va, répondit Scholl. Le principal est fait. On a posé le trottoir."

     

    Cet hôtel deviendra le temple de l’amour vénal. Raffinement extraordinaire : l’escalier avec ses marches, sa rampe, ses balustres et son revêtement mural, tout était taillé dans l’onyx.

    "Je veux avoir un jour, à deux pas d’ici, tu entends bien, le plus bel hôtel de Paris. Rappelle-toi ça..."

    Thérèse Lachmann avait tenu parole.

     

     La fin ? Le fuel lui constuisit un palais à Neudeck.

     

    Elle n’en jouit - le mot est mal choisi - pas longtemps.

    elle avait abandonné Paris très malade.

     

    Son exil n’était pas fait pour la remettre.

     

    Elle s’alita.

     

    Précisément, Donnersmarck venait d’être créé prince.

     

     

     Ainsi, Thérèse Lachmann connut-elle cette consécration suprême :

     

    mourir princesse.

     

     

    sources

     

    http://regis.iglesias.over-blog.com/article-la-marquise-de-paiva-109909326.html

     

    « Les GRANDES COURTISANES du TOUT PARIS XIXè siècle...l’incroyable hôtel de la Païva »
    Pin It

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :