• PETITE HISTOIRE DE L’ALLAITEMENT

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    PETITE HISTOIRE DE L’ALLAITEMENT

    L’histoire de l’alimentation infantile est le témoin privilégié de l’évolution de la société. Le lait de la mère a toujours été considéré comme le meilleur aliment pour nourrir l’enfant, toutefois, la nature, la coquetterie, ou la pauvreté pousse certaines mères à trouver des solutions alternatives à l’allaitement.


    L’ALLAITEMENT MATERNEL

    Dès le Moyen-âge, l’habitude est prise de confier son enfant à une nourrice. Les nobles, suivies par la Bourgeoisie et finalement toutes les classes sociales urbaines font allaiter leurs enfants par des nourrices, contre l’avis des médecins de l’époque.

     

    A l’origine, cette pratique concerne surtout les milieux aristocratiques et bourgeois. Il s’agit alors des « nourrices sur lieu », qui viennent à Paris s’installer dans les maisons de familles aisées pour allaiter les enfants. Les « nourrices sur place » se voient quant à elles confier les enfants abandonnés de l’Assistance et les enfants de familles plus modestes, qu’elles élèvent à la campagne.

    L’allaitement est remis en cause par les femmes car cela les épuise et les expose à l’inconvenance, à la réclusion sociale (pour les femmes du monde). Elles y laisseraient leur beauté, leur fraîcheur sans compter les maris frustrés de n’avoir pas de relations intimes pendant la durée de l’allaitement qui peut durer longtemps. En outre, pour les femmes d’ouvriers ou d’artisans qui travaillent, l’allaitement est une contrainte, et elles n’ont pas d’autres choix que la mise en nourrice ou l’abandon.

    Avec la création de l’Assistance Publique au 19e siècle, la mortalité de ces nourrissons, très importante sous l’Ancien régime, baisse de façon significative. Les nourrices sont plus contrôlées, elles sont soumises à des visites médicales régulières, la durée d’allaitement est limitée à deux années, etc.

    Cette profession disparait au 20e siècle avec l’utilisation grandissante du biberon ainsi qu’avec la création d’autres modes de garde (crèches, assistantes maternelles à domicile…) destinées aux femmes qui travaillent. Toutefois, les donneuses de lait vont persister à l’Assistance Publique. Aujourd’hui les lactariums les ont remplacées, alimentés par des donneuses volontaires.

    • Un bureau de nourrices, José Frappa, 19e siècle

    Autre étape importante dans l’histoire de l’alimentation : la création de la première « Consultation de nourrissons ». Constatant un fort taux de mortalité dans les premiers mois suivant l’accouchement, le Docteur Budin crée en 1892 une consultation à l’hôpital de la Charité. Les jeunes accouchées reviennent ainsi régulièrement et gratuitement à l’hôpital avec leur nourrisson afin qu’il soit pesé et examiné. Elles allaitent leur enfant mais pour celles qui ne le peuvent pas, un lait stérilisé leur est fourni. L’alimentation est ainsi contrôlée et les règles de puériculture enseignées aux mères.

    Il en va de même pour les « Gouttes de lait ». Gaston Variot, docteur des hôpitaux de l’Assistance Publique, crée en 1892 La goutte de lait de Belleville. Cette visite au dispensaire se décompose en trois étapes : la pesée, la consultation et la distribution de lait. Devant le succès de ces expériences, l’administration décide de créer d’autres consultations et dispensaires dans Paris.

    • Consultation de nourrissons, début 20e siècle

    A la fin du 19e siècle, devant la recrudescence de cas de syphilis infantile la solution expérimentée par les hôpitaux est la substitution du lait maternel par du lait animal. En effet, les enfants malades ne peuvent pas être allaités par les nourrices par crainte de contagion. Le Docteur Parrot décide donc de fonder une nourricerie d’ânesses à l’hospice des Enfants-Trouvés, le lait d’ânesse étant celui qui se rapproche le plus de celui de la femme. Le nourrisson est placé directement au pis de l’animal de façon à éviter toute autre contamination. Les résultats sont peu concluants : une ânesse produit moins de 2 litres de lait par jour, lait qui se conserve mal et ne suffit pas à sustenter les nombreux petits patients.

    L’expérience ne dure que de 1881 à 1893.

     

    SOURCES / http://aphp.ebl.fr/hopitalimentation/page5.html

    • La nourricerie Parrot, Haennen, 19e siècle

    L’ALLAITEMENT ARTIFICIEL : BIBERONS, TÉTINES…

    L’essor du biberon et de « l’allaitement à la main » se produit au 19e siècle et se trouve directement lié à la 1ère révolution industrielle et à l’arrivée des femmes dans le monde du travail. Les quelques 150 biberons de la collection du musée témoignent de l’évolution des formes et des matériaux. Le biberon suit l’évolution sanitaire des hôpitaux et reflète l’engagement de plusieurs médecins de l’Assistance Publique dans la diffusion d’une nouvelle discipline : la puériculture.

    De l’Antiquité au 17e siècle, le biberon revêt différentes formes : gutti, petit pot en terre cuite, corne de bovin, cuillère en bois… Il n’est alors qu’un simple ustensile réutilisé à des fins d’allaitement.

    • Biberon, terre cuite moulée, époque gallo-romaine

    Le véritable biberon nait au 17e siècle. A l’origine en étain ou en fer blanc, le biberon en verre n’apparaît qu’au 18e siècle. Sa forme évolue de la simple bouteille à une forme plus élaborée comme celle du biberon limande, plat et allongé pour, semble-t-il, faciliter la prise en main de l’enfant.

    • Biberon, étain, 17e-18e siècle

    La tétine est fabriquée à partir d’un simple linge retenu par un lien de coton. L’usage de ce tissu également appelé « drapeau » perdure jusqu’au début du 19e siècle, époque durant laquelle il est remplacé par de véritables tétines. Le tissu est alors concurrencé par l’ivoire, le bois, l’os, ces matériaux permettant la fabrication d’embouts plus adaptés à un débit régulier et à une meilleure hygiène.

    • Tétines, matériaux divers, fin 19e-début 20e siècle

    Aux 19e et 20e siècles, les modèles qui apparaissent présentent la particularité de porter le nom de leur inventeur : c’est la naissance des marques et de la production manufacturée.

    La marque la plus célèbre est Robert. Ce fabricant crée le biberon à soupape et à long tuyau qui permet au bébé de se nourrir seul. Ce biberon connaît un grand succès jusqu’à son interdiction en 1910 : il est en effet la cause de nombreux décès car impossible à nettoyer d’où son surnom de « biberon tueur ».

    • Biberon Robert, plaque émaillée, 1873

    Des médecins de l’institution s’attachent à promouvoir la puériculture et l’allaitement. Ils vont jusqu’à créer des biberons qui répondent aux besoins nutritifs des nourrissons : c’est le cas du Docteur Budin et son galactophore, mais aussi du Docteur Variot et son biberon gradué physiologiquement. Il s’agit du premier de la sorte et il sera utilisé dans plusieurs biberonneries de l’Assistance Publique car il facilite nettoyage et stérilisation.

    « L’asepsie des biberons étant le complément indispensable de la stérilisation du lait, il faut donc délaisser tous les anciens appareils plus ou moins ingénieux imaginés pour régler l’écoulement du lait »

    Dr Variot, 1910

    La stérilisation est facilitée par le matériau et la forme des biberons mais aussi par l’utilisation de nouvelles matières pour les tétines. L’invention de la vulcanisation du caoutchouc par Goodyear en 1839 est une révolution dans le domaine. Par ce procédé chimique, le caoutchouc est ainsi rendu plus souple et résistant.

    • Galactophore du Dr Budin, verre, fin 19e siècle

    Depuis les années 1980, les tétines en silicone et les biberons en plastique (Bisphénol A) se répandent. Légers et joliment décorés, ils sont aussi potentiellement dangereux car leur composition chimique contient des perturbateurs endocriniens qui peuvent altérer la santé notamment la croissance. Aujourd’hui, dans les maternités et crèches du personnel de l’AP-HP, le Bisphénol est proscrit et le biberon à usage unique est la règle.

    • Biberon sérigraphié, Bambéric, fin 20e siècle

     
    « Les ENFANTS ASSISTES - Hôpital St Vincent de PaulThéorie du mariage (A. Debay, 1848) »
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