
La pudeur leur va si bien quand elles en ont, si bien
quand elles n’en ont plus, que je ne conçois
guère de femmes qui ne désirent pas en avoir
(Paul MORAND).
Le XIXè siècle en France voit monarchie et
république se succéder avec leur cortège
de turbulences et d’abominations.
C’est le siècle de la pudibonderie et de notre Code civil ou Code Napoléon.
Les maisons de luxe réputées, qui reçoivent entre autres les hommes politiques, considèrent fort bien leurs pensionnaires qui doivent avant tout rester élégantes et distinguées. Ces dernières ne sont pas subordonnées à une cadence,
c’est-à-dire tenues à un nombre élevé de passes.

A l’inverse, existent les « maisons d’abattage »,
Les pensionnaires peuvent être amenées à effectuer 100 passes par jour.
Ces derniers établissements fonctionnent sous l’autorité des municipalités.
Néanmoins en cas de désobéissance, des punitions administratives sont élaborées et la prison ou l’infirmerie-prison sont le passage obligé pour de très nombreuses prostituées clandestines.
Dès 1833, un nouveau courant de pensée est animé par Claire Démar.
Son « Appel au peuple sur l’affranchissement de la femme » dénonce une prostitution légale de la femme à travers l’institution du mariage.
L’opinion publique scandalisée réagit vivement et elle est aussitôt taxée d’immoralisme. A peine la trentaine abordée, elle se suicide d'une balle dans la tête la même année.
A deux reprises les députés votent en faveur de la loi qui est néanmoins rejetée par la Chambre des pairs.
De L'Olympia de Manet à L'Absinthe de Degas, des incursions dans les maisons closes de Toulouse-Lautrec et Munch aux figures audacieuses de Vlaminck, Van Dongen ou Picasso, l'exposition s'attache à montrer la place centrale occupée par ce monde interlope dans le développement de la peinture moderne. Le phénomène est également appréhendé dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la peinture de Salon, la sculpture, les arts décoratifs et la photographie. Un riche matériau documentaire permet enfin d'évoquer le statut ambivalent des prostituées, de la splendeur des demi-mondaines à la misère des "pierreuses".
On les appelle les "petites femmes", les "courtisanes" ou encore les "pierreuses"… Toutes sont des prostituées qui participent à la célébrité de Paris et qui inspirent les pinceaux et les plumes de la fin du XIXe siècle. Ces femmes font aussi l'éducation sexuelle des hommes de l'époque parce qu'elles incarnent une sexualité associée au plaisir.
Qu'elles soient dans les bordels ou dans les hôtels particuliers, les prostituées intriguent et questionnent même le corps médical. En 1827, une grande enquête est menée par un médecin, le Dr Alexandre Parent-Duchâtelet. "Il prouve que le clitoris des prostituées n'est pas plus gros que la moyenne, ce qui lui permet de prouver que "les prostituées ne deviennent pas prostituées" à cause d'une excitation sexuelle et d'un désir libidinal beaucoup plus fort que les femmes mais qu'il faut trouver des raisons ailleurs", raconte Lola Gonzalez-Quijano, historienne.
Au fil du XIXe siècle, la prostitution envahit l'espace public avec une crainte : celle de voir la syphilis se propager. Une prostituée sur trois est touchée par ce mal. En 1804, le consulat légalise les maisons de tolérance dans le but de créer une surveillance policière et médicale. Mais c'est sans compter sur laprostitution clandestine. Lorsqu'une prostituée racole dans un milieu défendu, elle risque quinze jours à un mois de prison, et c'est à Saint-Lazare qu'elle atterrit.
Avant l'arrivée des antibiotiques, les prostituées tentent tant bien que mal de se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles : des bains méticuleux, des douches périnéales, des passages obligatoires devant les tenancières, et les premiers préservatifs. Maquillage, baudruche… tout est bon pour dissimuler les maladies de la prostitution comme l'explique Lola Gonzalez-Quijano : "les femmes ont tendance à essayer de cacher les maladies vénériennes lors des visites. Et elles ne sont pas les seules, les tenancières de maison font tout pour que leurs pensionnaires les cachent parce qu'une femme emprisonnée est une femme qui ne travaille pas et qui est donc moins rentable".
Si les femmes des maisons closes ne cachent pas leur activité, dans la rue, les dites prostituées insoumises s'affichent avec des codes de séduction bien à elles. Un monde de femmes devenues des figures incontournables de la littérature, des arts, de la photo et de la vidéo. À travers ces "verseuses", ces "filles en carte", ces "demi-mondaines", c'est l'intérêt des corps et du sexe féminin qui est mis en scène.
La société est alors très influencée par la religion, et parallèlement la science a découvert que la nature pouvait aussi détruire.
Or la femme véhicule la syphilis.
"Madame" dans la maison Tellier

C’étaient de braves gens qui se firent aimer tout de suite par leur personnel et des voisins. Monsieur mourut d’un coup de sang deux ans plus tard.
Sa nouvelle profession l’entretenant dans la mollesse et l’immobilité, il était devenu très gros, et la santé l’avait étouffé ».
Néanmoins il m’apparaît utile de mettre un bémol sur cette description presque idyllique dans la mesure où les prostituées qui évoluaient en « maisons de tolérance », telle la maison Tellier, vivaient sous la dépendance de la tenancière de l’établissement.
NANA de JEAN RENOIR
Cette dernière conservait leurs papiers et argent mais surtout contrôlait leurs sorties qui restaient rares.
Un code vestimentaire est toujours présent.
En évoquant la prostitution dans « Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie jusqu’en 1870 », Maxime Du Camp ne fait-il pas état de
« …Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée... »
Le port du châle par des gourgandines pose un problème de tolérance dans cette société qui en a fait un accessoire vestimentaire porté par la plupart des "honnêtes femmes".

Les prostituées demeurent sous la surveillance de la police et des médecins qui les soumettent à une visite médicale hebdomadaire.
Sous couvert de conserver leurs autorisations d’exploitation administratives, des signes distinctifs doivent permettre aux établissements d’être reconnus : lanterne sur la façade, vitres opaques ou persiennes verrouillées et porte d’entrée surplombée d’un numéro aux dimensions extravagantes.
En fait c’était surtout la hauteur des chiffres qui pouvait atteindre 60 cm, qui déterminait l’activité exercée à l’intérieur de l’immeuble, un peu comme une affiche publicitaire.
A Paris, la prostitution se répand partout et les règles vestimentaires ne font plus autorité.
La prostitution "française" s'étend extra-muros. Dès 1831, la France institue des quartiers de prostitution à Alger mais également dans ses autres colonies africaines.
nine (Les Misérables - Victor Hugo)

"Marion Delorme" - Pièce de Victor Hugo

Dans l’Europe industrielle de ce siècle, les ouvriers sont très mal payés et leurs conditions de travail, pénibles voire atroces.
La condition des ouvrières, surtout célibataires avec enfant(s) est encore pire, car leur salaire est moindre que celui des hommes.
La vie misérable des familles pousse de nombreuses femmes à la prostitution occasionnelle qui leur confère quelques revenus d’appoint pour palier à la faim et/ou à l’éducation des enfants.
La misère est parfois telle que ce sont les parents qui poussent leurs enfants à se prostituer.
Sous menace de licenciement ou de maltraitance, le "droit de cuissage" est rétabli par quelques patrons voyous, chefs d'ateliers mais aussi fils de patrons voyous, et pour bien des jeunes femmes, il est plus rentable de se prostituer que d’aller travailler.
L’impunité est assurée pour ces gougnafiers, dans la mesure où les femmes n’osent ou ne peuvent réagir.
Comble de l’hypocrisie, apparaît une distinction entre prostituées.
D’une part, il y a la « bonne prostituée », qui se consacre à cette activité parce qu’elle est dans la misère et qu’elle n’a pas d’autre ressource pour se nourrir ou pour nourrir ses enfants.
Et d’autre part, il y a la « mauvaise prostituée », celle qui opère par « vocation », qu’elle soit courtisane ou fille de joie dans un bordel.
Julie LEBOEUF (1838-1886), célèbre courtisane parisienne et artiste de théâtre mieux connue sous le nom de Marguerite Bellanger, « Saumuroise de petite vertu, artiste au talent limité et à la rouerie certaine » déclareront certains, deviendra dans les années 1860 la maîtresse de Napoléon III.
Le caricaturiste Paul Hadol en a fait une chatte dans sa série de caricatures sur la « Ménagerie impériale ».

Il est toutefois cocasse de lire qu’elle avait dû obtenir une autorisation de la préfecture de Paris pour pouvoir porter un costume d’homme.

Les prostituées déclarées sont « mises en carte ». Aujourd’hui on utiliserait le mot « fichées ».
Au début du siècle, arrivée ou déménagement dans une ville doit être déclaré au commissariat.Il faut préciser que ces mesures ne font pas l’objet d’une réglementation nationale.
Elles sont prises à la discrétion des municipalités et laissées à l’arbitraire des services de police, ce qui explique que la pratique de la prostitution est rendue plus ou moins facile et accessible d’une ville à une autre.
Il n’empêche que les prostituées sont nombreuses à négliger les règles imposées, et dans bien des endroits, la police perd rapidement leur trace.
Le mouvement abolitionniste obtient des succès et sa lutte aboutit à des accords internationaux en 1904, 1910, 1921 et 1933 suivis de mesures prises par la Société des Nations en 1927 et 1932.
Conformément aux progressions acquises, la législation évolue favorablement après la seconde guerre mondiale.
En 1946, est votée en France la loi Marthe Richard, du nom d’une prostituée (1889-1982) ; loi qui s’attaque aux formes sournoises de proxénétisme et qui aboutit à l’interdiction de l’exploitation de maisons closes.
Marthe Richard
iellement cette loi ne mit pas fin à l’existence des maisons closes,
pas pluu'elle n’entrava leur développement.
Marthe Richard, qui mena la campagne pour la fermeture des bordels en 1946.
Se présentant comme une héroïne de la Résistance, elle fut démasquée plus tard comme un imposteur — en fait une ancienne prostituée et collaboratrice qui avait fourni des femmes aux Nazis.
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© Musée de l'Érotisme, Paris • Paris pour les pervers
La Déclaration des Droits de l’Homme

Dégageant cependant des budgets et des gains considérables, les très nombreuses associations de lutte contre le proxénétisme et la prostitution, les multiples productions cinématographiques traitant de la prostitution de la femme et de l’enfant, les campagnes publicitaires ou d’information, les animations en tous lieux et places de conférences, et l’extraordinaire abondance d’articles de presse ne semblent toujours pas contrarier ni contrer le puissant lobby pro-proxénétisme qui, sans la moindre retenue avance un argument d’une imbécilité et d’une perversité incommensurables, à savoir :
Lors d‘un récent débat public, un homme paraplégique avait répondu à cet argument irrecevable :
- « Quel que soit mon handicap, je n’humilierai jamais une femme pour mon plaisir ».
Que n'ai-je été sidérée d'entendre des élu(e)s « Verts » proposer une mesure de protection pour les prostituées; à savoir un centre contrôlé par les inspecteurs du Travail et de l’Hygiène, plutôt que le Bois de Vincennes.
Cette réflexion dénote d’une sérieuse méconnaissance du dossier, mais aussi de l'ignorance de mesures semblables totalement inefficaces souvent prises par le passé, de la cruelle réalité du présent…et du nombre réel d’inspecteurs du Travail et de l’Hygiène encore sur le terrain en France.
Nous sommes face à une image parfaitement abstraite de l'être humain qui est imposée à une société formatée.
Tandis que le CDH belge (parti humaniste) a lancé une campagne contre la prostitution s’opposant fermement à la création d’Eros Center; le 13 avril 2011 en France, une énième mission d’information parlementaire de l’Assemblée Nationale sur la prostitution, qui précise en outre « qu’il ne s’agit pas d’emprisonner la majorité des clients » a rendu un rapport qui « devrait » déboucher sur une loi en 2012. Vœu pieu ? Oxymore ?
Céline FREMAULT, députée bruxelloise et présidente des femmes du CDH, déclare :
- «Le CDH veut réaffirmer que le corps n’est pas une marchandise et que la prostitution n’est pas un métier comme un autre. Nous considérons qu’elle constitue une atteinte à la dignité humaine et que c’est aussi une violence de genre. »
Pourtant il semble bien qu’une fois encore les sites pornographiques