• COCO CHANEL

     

    Gabrielle Chanel, dite « Coco Chanel », née le 19 août 1883 à Saumur et morte le 10 janvier 1971, à Paris, est une créatrice, modiste et grande couturière française célèbre pour ses créations de haute couture et de parfum.

    Elle est à l'origine de la Maison Chanel, « symbole de l'élégance française ».

    Biographie

    Enfance

    Elle est issue d'une lignée de marchands forains cévenols, de Ponteils-et-Brésis près d'Alès. Enfant illégitime, elle est la fille d'Albert Chanel, un camelot originaire du Gard et de Jeanne Devolle, couturière originaire de Courpière, tous deux établis à Saumur et qui se marient un an après sa naissance.

    La mère de Coco Chanel meurt à trente-trois ans à peine, épuisée par des grossesses successives, la tuberculose et le travail qu'elle effectue sur les marchés de Paris dans le froid. La jeune fille n'a alors que douze ans.

    Son père, camelot bourru et volage, l'abandonne pour aller faire fortune en Amérique (invention de Gabrielle qui fait de son père un aventurier) et elle se retrouve ainsi seule avec ses deux sœurs, Julia-Berthe, treize ans, et Antoinette, huit ans, à l'orphelinat de l'abbaye cistercienne d'Aubazine en Corrèze : elle y mène une vie austère et rigoureuse pendant six années qui marqueront profondément le style révolutionnaire de la future styliste.

    Elle se serait inspirée du lieu pour créer des vêtements aux lignes épurées harmonieuses (à l'instar de l'architecture sobre et géométrique de l'abbaye), aux couleurs neutres (noir et blanc comme les uniformes des sœurs et des pensionnaires, beige comme les couleurs des murs) ou pour former son logo (voir les pavements anciens des sols et les C entrelacés des vitraux de l'abbatiale). Ses deux frères Alphonse et Lucien sont, quant à eux, placés par l'Assistance publique à l'âge de dix et six ans dans une ferme comme garçons à tout faire.

    À l'âge de dix-huit ans, Gabrielle est confiée aux dames chanoinesses de l'Institut Notre-Dame de Moulins, qui lui apprennent le pointilleux métier de couseuse. Elle y retrouve sa tante Adrienne, qui avait le même âge et, surtout, la même ambition de s'en sortir.

    En 1903, habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de couseuse à la Maison Grampayre, atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes.

    Gabrielle devient « Coco »

    Vers 1907-1908, très courtisée, Gabrielle, qui ne compte pas partager le sort anonyme des « cousettes », est prête à prendre des risques. Lors d'un voyage à Vichy, chez son oncle, en quête d'un avenir dont elle refuse qu'il se limite à broder sur des draps de coton, elle se met à poser sur la scène du beuglant de « La Rotonde » à Moulins, un café-concert où elle fait ses premières apparitions, silencieuses. « La Rotonde » est notamment fréquentée par les officiers du 10e régiment de chasseurs à cheval stationné dans la capitale bourbonnaise. Aujourd'hui y est installé le Centre national de costume de scène.

    Bientôt, elle ose pousser la chansonnette et se met à rêver de music-hall. Âgée de vingt-quatre ans, elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment « Coco », parce qu'elle a pour habitude de chanter Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? (paroles de Baumaine et Blondelet, musique de Deransart).

    Admirée par une horde de jeunes garçons fortunés ou titrés, sa jolie silhouette séduit le riche Étienne Balsan, officier, homme du monde qui vient de démissionner de l'armée pour se consacrer à l'élevage de chevaux et aux courses. Il lui fait découvrir la vie de son château, le domaine de Royallieu près de Compiègne resté malheureusement célèbre pour son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Pendant près d'un an elle y apprend les arcanes de la haute société, mais l’idylle ne dure que quelques mois : elle se rend compte qu’elle ne l’aime plus, elle s'ennuie et pleure. Elle a vingt-cinq ans et nulle part où se réfugier. Elle s'échappe alors en jodhpurs, et galope dans la forêt de Compiègne en essayant de défier son avenir.

    Heureusement, les fréquentations de Balsan lui font rencontrer son premier amour, l'anglais Arthur Capel, surnommé « Boy », que l'on dit fils naturel du banquier Pereire. Boy est un homme d'affaires qui fera fortune dans les frets charbonniers durant la Grande Guerre; et un homme de cheval possédant une écurie de polo. Ce sera un amour irrégulier (il épousera malgré tout une Anglaise) et sincère qui durera dix ans, jusqu'à un accident de voiture en 1919 auquel il ne survivra pas.

    Une modiste à contre-courant

    Coco Chanel ne reste cependant pas oisive. Comment oublier les rudiments, enseignés à Moulins, du maniement du fil et de l’aiguille ? Saisissant la balle au bond, c’est peut-être par la couture qu’elle franchira l’obstacle qui mène à la liberté et l’indépendance. Ne perdant pas de temps, elle s’imprègne de l’enrichissante initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du moment. Elle se confectionne de petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas sur son front. Pour assister aux mondaines courses de chevaux, elle n’arbore pas les robes des grands couturiers mais ses propres réalisations. Jeune femme charmante mais au style décalé, tantôt écolière en tenue sobre et sage noire et blanche, tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo, cardigan, jodhpurs et pantalons, elle invente déjà un nouveau style, une nouvelle allure. Ses créations avant-gardistes, très sobres, contrastent avec celles que portent les élégantes de l’époque.

    En 1909, sur les conseils de Boy Capel, son artisanat débute Boulevard Malesherbes, dans la garçonnière parisienne de son protecteur Étienne Balsan. Les chapeaux qu'elle propose à ses clientes ne sont que des déclinaisons de ceux qu'elle fabrique pour elle-même et qui, au château de Royallieu, près de Compiègne, ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentaient le lieu. Balsan ne croit pas à un succès commercial.

    N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, dans un premier temps Gabrielle achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins puis les garnit elle-même, avant de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style font que, très vite, elle doit faire appel à sa cousine Adrienne, et à sa sœur Antoinette, pour la seconder. Ses créations de chapeaux, débarrassées des grandes plumes d'autruches ou autres froufrous volumineux, commencent à être appréciées pour leur exquise simplicité et leur sophistication retenue.

    Ouverture des premières boutiques

    Devenue la compagne de Boy Capel, Coco Chanel développe ses activités avec l’aide de ce dernier.

    En 1910, son amant britannique lui prête les fonds nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture d'un salon de modiste au 31 rue Cambon à Paris, sous le nom de « CHANEL MODES ». À l’été 1913, alors que le couple séjourne à Deauville, Boy Capel loue une boutique entre le casino et l’Hôtel Normandy. Comme à Paris, elle est modiste mais l’enseigne est changée en mentionnant son nom complet : « GABRIELLE CHANEL » ; la boutique ne désemplit pas. En 1915, à Biarritz, elle ouvre sa troisième boutique et première vraie maison de couture. Suivant sa seule inspiration, elle raccourcit les jupes et supprime la taille. À l'instar de Paul Poiret qui supprima le corset en 1906, elle libère le corps de la femme. Ses boutiques bénéficient de la clientèle de toute la société élégante qui s’est repliée pendant la guerre dans ces deux stations balnéaires.

    Naissance d'un style : « la reine du genre pauvre »

    Dès 1915, l'étoffe manquant, elle taille des robes de sport à partir des maillots de garçons-d'écurie en jersey, ces tricots de corps pour les soldats, qu'elle a depuis longtemps adoptés. Libérant le corps, abandonnant la taille, Chanel annonce cette « silhouette neuve » qui lui vaudra sa réputation. Pour s'y conformer, les femmes s'efforcent d'être « maigres comme Coco », qui, d'un coup de ciseaux libérateur, devient une des premières femmes aux cheveux courts à créer des vêtements simples et pratiques, dont l’esthétique s’inspire d'une vie dynamique et sportive qui aime jouer avec les codes féminins/masculins.

    En 1916, elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à Deauville, qui est alors un lieu de villégiature à la mode. Elle y promène aussi sa propre silhouette androgyne, testant ainsi sous les yeux d'aristocrates européennes encore très couvertes d'apparat et maintenues dans des corsets rigides ses nouvelles tenues qui contrastent par leur extrême simplicité et leur confort. La pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que le manque relatif de main-d'œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel, femme libre et active, perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour les sous-vêtements masculins, lance la marinière.

    En 1918, immédiatement après la guerre, elle commence à édifier peu à peu l’une des maisons de couture les plus importantes de l’époque, elle emploie plus de 300 ouvrières, et rembourse enfin Boy Capel, refusant à jamais le statut de femme entretenue. La guerre terminée, Boy doit prendre femme, selon les règles de l'aristocratie anglaise. Coco en éprouve une insupportable humiliation. Mais, comme sa mère, elle accepte le pire au nom de l'amour. Elle aimera sincèrement Boy jusqu'à cette nuit du 22 décembre 1919 où, réveillée à 4 heures par un messager, on lui apprend qu'il s'est tué la veille au volant de son auto. « En perdant Capel, je perdais tout. » avouera-t-elle 50 ans plus tard.

    Profondément affectée par la mort de son amant, afin de ne pas sombrer dans le chagrin à 38 ans, elle se raccroche à son travail comme une forcenée. Cette attitude sera payante, car le succès de ses modèles va grandissant et l'incite à développer encore sa maison.

    Élève-décoratrice de José-Maria Sert

    Après avoir habité sur les hauteurs de Garches une villa au « crépi beige et aux volets noirs », couleurs qui auraient scandalisé ses voisins et qui devinrent ses couleurs fétiches en décoration, pour changer de cadre de vie et se rapprocher de la rue Cambon, elle loue vers 1919 l'immense Hôtel Pillet-Will, 29, rue du Faubourg-Saint-Honoré, édifié par Lassurance en 1719 pour la duchesse de Rohan-Montbazon, où elle installe seulement un piano et quelques chaises... Trouvant les boiseries d'un vert passé « couleur pois cassé » - que le bail lui interdit de toucher - elle les fait recouvrir de grandes glaces, et le peintre et décorateur José-Maria Sert et Misia, « sa polonaise d'un désordre admirable » l'aident à meubler et décorer les pièces dans un genre baroque qu'elle fit sien dans ses résidences successives : miroirs, paravents en laque de Coromandel, canapés en bois doré, lampes faites de boules inégales de cristal de Bohême, lustres à pampilles, potiches chinoises, reliures anciennes, girandoles et torses antiques sur les cheminées.

    Misia Sert et Picasso y eurent leur chambre, Stravinski sélectionna sur le piano du salon les danses andalouses Cuadro flamenco, et Diaghilev faisait répéter Garrotin, une naine danseuse venue de Séville, dans la salle à manger.

    Le succès continue

    Dès 1921 à Paris, à côté de la luxueuse place Vendôme, Coco Chanel annexe en quelques années les numéros 27, 29 et enfin 31 de la rue Cambon. Une adresse où se trouve aujourd'hui encore la célèbre maison de couture qui porte son nom. Elle dispose en outre de ses propres fabriques de tissus en Normandie et s'associe avec les propriétaires de la marque Bourjois — les frères Wertheimer — afin de diffuser commercialement ses parfums.

    Ses liaisons masculines lui donnent souvent de beaux motifs d’inspiration, c’est ainsi qu’elle crée des robes à motifs slaves lorsqu'elle a une liaison amoureuse avec le Grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie, cousin du dernier tsar de Russie en exil qui lui aurait inspiré la forme du flacon de son célèbre N° 5 (flasque de vodka des troupes russes). Elle fut aussi la maîtresse du poète Pierre Reverdy, avant que celui-ci de plus en plus mystique ne se retire à l'abbaye de Solesmes.

    Elle hébergea Igor Stravinski et les siens pendant deux ans à Garches

    Plus tard, elle emprunte à son nouvel amant, le duc de Westminster, réputé l’homme le plus riche d’Angleterre, des éléments de costume masculin, comme le chandail, la pelisse, le béret de marin ou la veste en tweed. Elle les adapte ensuite à la panoplie vestimentaire de la femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, sachant allier le confort à l’élégance.

    Elle est l'une des premières à lancer la mode des cheveux courts, elle s’oppose résolument à la sophistication prônée par Paul Poiret (qui accusait Chanel de transformer les femmes en « petites télégraphistes sous-alimentées ») (D'après la télésuite Coco Chanel, elle aurait répliqué en disant qu'elle ne voulait pas de femmes ayant l'air d’« esclaves échappées de leur harem » en se référant à la mode orientaliste de l'époque). Elle privilégie une simplicité soigneusement étudiée, des tenues pratiques, comme le pyjama, à porter sur la plage comme en soirée ; les premiers pantalons, la jupe plissée courte, le tailleur orné de poches. Une mode qui s'inspire du vêtement de sport en lieux balnéaires (golf, tennis, plage, nautisme). Elle propose des cardigans en maille jersey sur des jupes courtes, le tout surmonté d'un chapeau cloche. De même les robes de soirée taille basse s'arrêtant au-dessus du genou, que l'on peut associer aux danses charleston populaires entre 1925 et 1935.

    En 1926, la célèbre petite robe noire (couleur jusqu’alors exclusivement réservée au deuil), fourreau droit sans col à manches 3/4, tube noir en crêpe de Chine, correspondent parfaitement à la mode « garçonne » effaçant les formes du corps féminin. Maintes fois copiée, cette « Ford signée Chanel » faisant référence à la populaire voiture américaine, ainsi que devait la qualifier le magazine Vogue, ne tardera pas à devenir un classique de la garde-robe féminine des années 1920 et 30.

    Récusant le qualificatif de « genre pauvre » souvent accolé à ses créations, Chanel entend distinguer la véritable sobriété du dépouillement : si la toilette féminine doit être simple, celle-ci, en revanche, doit être agrémentée d’accessoires. Chanel recourt, par exemple, à de faux bijoux mêlant pierres semi-précieuses, strass et fausses perles, ainsi qu’à des bracelets ornés d’un motif « croix de Malte », ou encore à des broches d’inspiration byzantine ou à motifs d’animaux, de fleurs ou de coquillages — à la création desquels ont présidé Étienne de Beaumont, Paul Iribe et surtout, entre 1929 et 1937, Fulco di Verdura, qui a su conférer aux bijoux de Chanel leur identité propre.

    En 1927, elle fait construire à Roquebrune-Cap-Martin, une maison appelée la Pausa. Elle demande à l'architecte Robert Streitz de la dessiner en intégrant quelques éléments, l'escalier et le cloître, rappelant son enfance à l'orphelinat d'Aubazine. Elle la meublera essentiellement de mobilier anglais et espagnol du XVIe et XVIIe siècles. Elle y accueillera le duc de Westminster, Jean Cocteau, Pierre Reverdy, Paul Iribe, Salvador Dalí, Luchino Visconti ; une partie de la maison a été recréée au Dallas Museum of Art lors de la donation de la collection Reves. Son mobilier est désormais conservé au Dallas Museum of Art.

    Un cercle d'amis artistes

    Misia Sert, rencontrée en 1919 chez son amie Cécile Sorel, sera la meilleure amie de Chanel pendant l'entre-deux-guerres. Misia tenait un salon, était l'hôtesse du gratin culturel et artistique de Paris; elle a ouvert les portes du « monde » à Coco.

    Égérie de nombreux peintres et musiciens du début du XXe siècle, Toulouse-Lautrec, Pierre Bonnard, Odilon Redon et Auguste Renoir, Misia Sert se fait connaître dans le milieu artistique parisien par ses talents de pianiste (elle était élève de Fauré) et par sa beauté. Elle fréquente Stéphane Mallarmé et Marcel Proust, puis Erik Satie, Colette, elle se lie avec Serge Diaghilev, Picasso, Cocteau et Serge Lifar. Les journalistes la surnomment la « Reine de Paris ».

    La proximité de Chanel avec les artistes a toujours été à l'honneur. En 1924, elle réalise les costumes du "Train Bleu", ballet de Bronislava Nijinska sur un livret de Cocteau et une partition de Darius Milhaud, créé par les Ballets russes de Serge Diaghilev. Elle était une personnalité du Tout-Paris, amie de Cocteau, pour lequel elle créera des costumes de scène : Œdipe roi (1937) et Antigone (1943). Elle signa des chèques qui évitèrent à Serge Diaghilev quelques précipices et régla ses funérailles à San Michele de Venise.

    Elle réalise également des costumes pour le cinéma, notamment, en 1939, pour La Règle du jeu de Jean Renoir.

    De 1924 à 1930, Coco Chanel est une intime de Hughes Richard Arthur Grosvenor (1879-1953), IIe duc de Westminster, et visiteuse privilégiée du château Woolsack à Mimizan, où elle vient se ressourcer. Elle est parfois accompagnée de ses petites mains, leur offrant quelques jours de vacances à la villa « Le Pylone », quelques années avant l'instauration des congés payés.

    On lui prête, en suivant Misia Sert, une liaison amoureuse avec le poète Pierre Reverdy à la fin des années 1930.

    L'Empire Chanel

    Parallèlement, Chanel est la première couturière à lancer ses propres parfums. Avec l’aide de son parfumeur Ernest Beaux qui conçoit : N° 5 (1921), qui connaîtra une célébrité mondiale, mais aussi No22 (1922), Gardénia (1925), Bois des Îles (1926) et Cuir de Russie (1926). Pour diffuser internationalement son produit, Chanel fait appel à l'expérience commerciale des frères Pierre et Paul Wertheimer qui dès 1924 possèdent 70 % des parfums Chanel. Leurs descendants Alain et Gérard Wertheimer possèdent l'intégralité de la maison Chanel aujourd'hui.

    Chanel saura s’adapter aux mutations des années 1930, au cours desquelles elle affrontera à la fois les revendications syndicales de ses ouvrières et l’étoile montante de la Haute Couture parisienne qu'était Elsa Schiaparelli. Privilégiant alors une silhouette plus épurée, Chanel présente notamment des robes du soir légères et transparentes en mousseline de soie, en tulle ou en laize de dentelle, le plus souvent dans des couleurs faussement neutres (blanc, noir ou beige), parfois brodées de perles ou de strass. Comportant une combinaison cousue à l’intérieur, la coupe très simple de ces robes permet à la femme du monde de s’habiller sans l’assistance d’une domestique. Un peu plus tard, elle crée les premières robes à balconnet, puis en 1937, le style « gitane ».

    Féminine, Mademoiselle ne se déplaçait jamais sans ses perles et avait un goût très prononcé pour les bijoux. Dès 1924, elle ouvre donc son atelier de "bijoux fantaisie". Comme à son habitude, la créatrice sait s'entourer : Étienne de Beaumont puis le duc Fulco de Verdura contribuent au développement des bijoux de la maison.

    Mais c'est en 1932 que Gabrielle Chanel défraie à nouveau la chronique. À la demande de la Guilde internationale du Diamant, Coco crée Bijoux de Diamants sa première collection de haute joaillerie. À l'honneur, les diamants sont montés sur platine, une extravagance que seule Coco peut se permettre après le krach de 1929.

    En 1939, elle était alors à la tête d'une entreprise de 4 000 ouvrières qui fournissaient 28 000 commandes par an.

    La Seconde Guerre mondiale : fermeture de la maison

    À l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle présente une collection « bleu-blanc-rouge » patriote puis ferme subitement sa maison de couture et licencie l'intégralité du personnel (4 000 ouvrières qui confectionnaient annuellement 25 000 modèles), se consacrant uniquement à son activité dans le domaine des parfums dont la boutique reste ouverte.

    Elle profitera alors de la confusion et de l’antisémitisme ambiant pour tenter de récupérer la marque de parfum N° 5, car la célèbre fragrance dont elle ne détient les droits qu’à hauteur de 10 % est en fait la propriété d'une famille juive, les Wertheimer.

    Elle attire l’attention des pouvoirs publics sur la fausse « arianisation » de la société Bourjois qui protège leurs intérêts alors qu’ils sont réfugiés aux États-Unis, en vain car les Wertheimer font passer le contrôle des Parfums Chanel entre les mains de différents prête-noms, dont leur ami Félix Amiot.

     

     

    Chambre de Coco Chanel au RITZ

     

    Installée à demeure au septième étage de l'Hôtel Ritz, entourée de ses paravents en Coromandel, elle y vit durant la Seconde Guerre mondiale de 1941 à 1944 avec Hans Günther von Dincklage (le baron Spatz), ancien attaché d'ambassade allemand, dont certaines sources affirment qu'il servait les renseignements militaires de son pays, Edmonde Charles-Roux y voyant plus un agent d'influence mondain à Paris en faveur de la collaboration.

     

     

     

     

     

    Ils auront une liaison amoureuse au cours de laquelle, comptant sur son amitié avec Churchill, Chanel tentera d'œuvrer en faveur de la conclusion d'une paix séparée entre l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne par l'intermédiaire de Walter Schellenberg (SS-Brigadeführer et chef de la section espionnage du RSHA, et qu'elle aidera financièrement après son emprisonnement) qu'elle rencontre à Berlin en avril 1943 et de Vera Bate Lombardi (en) membre de la famille Windsor, mais l'opération, baptisée « Chapeau de couture » (appelée « Modellhut » en Allemagne), échouera.

     

    Afficher l'image d'origine

    La biographie du journaliste Hal W. Vaughan (en), s'appuyant notamment sur la déclassification d'archives allemandes ou du MI6, affirme qu'elle est recrutée comme espionne de l'Abwehr par le baron Louis de Vaufreland, ancien agent de la Gestapo au Maroc et recruteur d'espions allemands, devenant l'agent F-7124 sous le nom de code Westminster (en référence à son ancien amant le duc de Westminster).

     

    Le baron Louis de Vaufreland l'aurait envoyée en mission en Espagne dès 1941.

     

     

    Hal Vaughan affirme également que Coco Chanel aurait été d’un antisémitisme féroce : « mariée », dit-il, (quoique Chanel ne l'ait jamais été) à Paul Iribe, antisémite notoire selon lui, elle distinguait les « Israélites » comme les Rothschild qu'elle fréquentait et les « youpins ». Un ancien proche déclare à ce propos : « Juif ou pas, elle s’en foutait. C’était une égocentrique qui n’avait aucune empathie pour le genre humain, qui méprisait les Allemands autant que les résistants et de Gaulle ». Le groupe Chanel réfute ces interprétations tout en reconnaissant « une part de mystère » chez sa fondatrice.

    L'après-guerre, l'exil en Suisse

    En septembre 1944 à la Libération, Coco Chanel est brièvement interrogée par les FFI (Forces françaises de l'intérieur) mais aussitôt relâchée ; Winston Churchill, connu en 1927 pendant sa liaison avec le duc de Westminster, serait intervenu en sa faveur.

    Elle décide alors de s'installer en Suisse, sur les hauts de Lausanne, au bord du lac Léman. Elle en fera pendant 10 ans sa résidence principale tout en séjournant encore occasionnellement à Paris. Elle se fait soigner à la clinique Valmont, et l'on peut souvent la rencontrer au salon de thé Steffen, sur les hauts de Montreux, lieu de rencontre de nombreuses célébrités.

    Pendant ce temps, à Paris, le « New Look » de Christian Dior fait fureur : taille de guêpe et seins « pigeonnants » obtenus par la pose d'un corset ou d'une guêpière. Elle est effondrée : tout son travail de libération du corps de la femme serait-il réduit à néant ?

    Le retour à Paris, le triomphe du tailleur en tweed gansé

    Pourtant, en 1954, âgée de 71 ans, elle accepte de rouvrir sa maison sur l'insistance de ses commanditaires, les frères Wertheimer — qu'elle tenta de déposséder pendant la Guerre — qui comptent sur sa présence pour relancer la vente des parfums. Par ce biais, elle renoue avec la création. Sa première collection est pourtant mal accueillie, dans la mesure où elle s’inscrit résolument à contre-courant du style de Christian Dior. Négligeant les balconnets et les formes bouffantes qui faisaient le succès de ce style d'après-guerre, Chanel impose de nouveau des robes près du corps, une silhouette androgyne au service de vêtements sobres et raffinés.

    Le tailleur de tweed, dont la veste à quatre poches – d'inspiration militaire – est décorée de boutons-bijoux et ornée d’une ganse de couleur contrastée, complété par une blouse de soie réalisée dans le même tissu que la doublure, des chaussures bicolores et un sac matelassé à chaîne dorée — le 2.55 —, façonnent la nouvelle silhouette Chanel qui deviendra un classique.

    Son style est copié partout dans le monde ; elle habille les actrices du moment, notamment Romy Schneider ou Jeanne Moreau dans Les Amants (1958) de Louis Malle, et Delphine Seyrig dans L'Année dernière à Marienbad (1961) d’Alain Resnais. Jackie Kennedy portait un tailleur Chanel rose lors de l'assassinat de son mari John F. Kennedy.

    En 1957, elle reçoit à Dallas un « Oscar de la mode ». La star Marilyn Monroe continue cette consécration en affirmant qu'elle ne porte, la nuit, que « quelques gouttes de N° 5 ».

    À partir de 1954, la création de bijoux est confiée à Robert Goossens. Parallèlement, de nouveaux parfums sont créés sous l’impulsion d’Henri Robert, nouveau « nez » de la maison, qui lance Pour Monsieur (1955), N° 19 (1970) et Cristalle(1974).

    Chanel n'a pas d'appartement, ni de maison, elle ne se sent pas chez elle dans le petit deux pièces situé dans sa maison de couture. Elle s'installe alors dans une suite de l'Hôtel Ritz, pour des raisons pratiques tout d'abord, car l'hôtel est entre la place Vendôme et la rue Cambon – juste à côté de la maison Chanel –, et certainement pour la luxueuse discrétion qu'offrent les grands palaces. Elle y séjournera pendant une quinzaine d'années.

    Mais Chanel est encore plusieurs fois confrontée à l’Histoire. Après les deux guerres mondiales, c'est la minijupe popularisée autour de 1965 par Mary Quant et André Courrèges qui a fait l'effet d'une bombe et la met en colère. Rien n'y fera, « Mademoiselle » ne relèvera pas la jupe au-dessus du genou, car elle pense que les genoux sont laids. Elle continue donc de varier son classique tailleur avec des jupes sous le genou, faisant fi de la mode des midinettes de l'époque, qui importaient des apparences anglaises et américaines, véhiculées par la musique pop.

    Les défilés de haute couture ont toujours eu lieu dans les salons du 1er étage du 31, rue Cambon dans un silence religieux, Coco, comme à son habitude, est assise sur les marches de l'escalier qui mène à l'étage supérieur, elle observe les réactions de ses clientes par le biais de miroirs qui tapissent les parois de l'escalier.

    Fin de carrière

    Aux événements de mai 1968, la vague hippie change la donne de la mode. Chanel affirmait que les modes n’étaient bonnes que lorsqu’elles descendaient dans la rue, et pas quand elles en venaient. Chanel devient tyrannique, s’enferme dans son monde, fait d’essayages, de défilés, de mannequins et de courtisanes. Edmonde Charles-Roux écrit : « Jamais Chanel n'aima avouer que son art de vivre était fait de recettes empruntées à Sert. La violence qu'elle apportait à le nier la dénonçait. À 80 ans passés, l'âge où sa rage d'imposture s'était développée jusqu'au délire. ». Sèche et acariâtre, elle est très seule, accompagnée dans ses dernières années parfois par Jacques Chazot et surtout par sa confidente de longue date, Lilou Marquand ; elle souffre de blessures intimes jamais cicatrisées que masque mal sa renommée professionnelle de « femme de fer » ne montrant pas son désespoir. Une amie fidèle était la Brésilienne Aimée de Heeren qui vivait à Paris 4 mois par an et avec laquelle elle partagait de bons souvenirs du Hugh Grosvenor .

    Le 10 janvier 1971, à l'âge de 87 ans, elle meurt de vieillesse dans sa suite de l'Hôtel Ritz à Paris. Elle est enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne en Suisse.

    Anecdotes

    • C'est Coco Chanel qui lança la mode des peaux bronzées, après un bronzage accidentel lors de ses vacances en mer du Nord, alors qu'avant les peaux claires étaient à la mode. À la fin de sa vie, elle reviendra sur cette mode en insistant sur l'aspect dangereux de trop fortes expositions au soleil.
    • Ses intimes la surnommaient « Mademoiselle ».
    • De 1955 à sa mort, elle se rendait à son travail presque quotidiennement vêtue d'un imperméable attaché à la taille qu'elle nommait « caoutchouc ».
    • Elle fait partie des cent personnalités les plus marquantes du XXe siècle, selon un classement du magazine Time réalisé en 1999.

    Citations

    • « Si vous êtes née sans ailes, ne faites rien pour les empêcher de pousser. »
    • « C'est la solitude qui m'a trempé le caractère, que j'ai mauvais, bronzé l'âme, que j'ai fière, et le corps, que j'ai solide. »
    • « C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit. »

    (propos que lui prête P.Morand dans "L'allure de Chanel", 1976)

    • « Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe mais si elle est impeccablement vêtue, c'est elle que l'on remarque »
    • « Je ne fais pas la mode, je suis la mode. »
    • « J’ai rendu au corps des femmes sa liberté ; ce corps suait dans des habits de parade, sous les dentelles, les corsets, les dessous, le rembourrage. »
    • « Quand on me demande mon âge, je réponds : Après 50 ans, ça dépend des jours. »
    • « La mode passe, le style reste. »
    • « Chanel est d'abord un style. La mode se démode. Le style, jamais. »
    • « Avec les accessoires, le plus important c’est de toujours enlever le dernier que l’on a ajouté. »
    • « Une femme sans parfum est une femme sans avenir. »

    SOURCES 

    https://nekropole.info/fr/Coco-Chanel

     

     

    Hal Vaughan travaille depuis plusieurs années sur cette période trouble, trop peu connue, dans l'existence de Coco Chanel. Le journaliste publie cette semaine en France son livre déjà paru aux Etats-Unis : "Dans le lit de l'ennemi, Coco Chanel sous l'occupation" (Albin Michel).

    Quand la guerre éclate, Coco Chanel est déjà une créatrice reconnue, célébrée dans le monde entier. Maîtresse d'un espion nazi, le baron Hans Günther von Dincklage, elle continue à fréquenter le Tout-Paris, habite l'hôtel Ritz et tisse des liens avec l'occupant. L'Abwehr -  les services de renseignement – la recrute sous le nom de code "Westminster".  Au cours du conflit, Coco Chanel se rend en mission en Espagne et même à Berlin, fin 1943, pour rencontrer le chef du contre-espionnage allemand. Selon Hal Vaughan, qui dévoile de nombreux documents d'archives,  Coco Chanel n'était pas une espionne mais bien un agent nazi qui a mis sa notoriété et ses nombreux contacts au service du Reich.

    Après la guerre, la créatrice aurait tenté d'étouffer toute révélation sur son rôle pendant le conflit. Plus de quarante ans après sa disparition, Coco Chanel apparaît aujourd'hui sous un jour nouveau.

     

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    La part d’ombre de Coco Chanel

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    Après John Galliano et son admiration avoué pour Hitler, c’est une autre icône de la mode qui est accusée de « complaisance avec l’ennemi ». Le livre du journaliste américain Hal Vaughan, Sleeping With The Ennemy : Coco Chanel’s Secret War révèle les secrets inavouables d’une des plus célèbres femmes du monde.

    Coco Chanel était une femme exceptionnelle, une personnalité hors du commun. En délivrant les femmes de leur carcan vestimentaire, elle a initié une petite révolution qui peu à peu a libéré le corps des femmes. Cela personne ne le conteste. Les différents films dont elle fut l’objet ont toujours mis en avant cet aspect de sa vie mais ils ont par contre systématiquement occulté la part sombre de son histoire. Pourtant de nombreux livres avaient déjà évoqués son attitude ambiguë durant la Seconde Guerre mondiale. A la différence de ceux qui ont déjà été publiés, le livre d‘Hal Vaughan apporte des preuves irréfutables de ces affirmations.

     


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    Hal Vaughan, auteur de la biographie polémisteExplique pourquoi Coco Chanel aurait collaboré10/10/2013 - par RFIÉcouter

    Après trois années d’un long travail d’investigation à fouiller les archives européennes, le journaliste affirme posséder plus de 200 archives qui prouvent le lien de Coco Chanel avec l’Abwehr, les services de renseignements de l’état-major allemand.

     

    Selon ces documents, plusieurs raisons auraient poussées Coco Chanel à collaborer avec les nazis.

     

    Tout d’abord, en échange de son aide, les nazis auraient libéré son neveu détenu dans un camp de prisonnier allemand.

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    Un second accord stipulait que les Allemands feraient tout leur possible pour lui permettre de récupérer la majorité des parts de son parfum Chanel n°5, alors détenu par une famille juive, les Wertheimer, toujours propriétaire de la firme aujourd’hui.

    Une simple « collaboration horizontale » ?

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle aurait eu une liaison avec un espion allemand, le baron Hans Gunther von Dincklage, qui l’aurait recrutée.

    The Ritz on the Place Vêndome, Paris. Coco Chanel’s bedroom at the Ritz. 

    Si le communiqué de presse du groupe Chanel concède que

     

    « ce n’était pas la meilleur période pour vivre une histoire d’amour avec un Allemand »,

    la créatrice avait auparavant elle-même justifié sa relation en affirmant que lorsque l’on vit une tel amour à son âge,

     

    « on n’est plus regardant sur le passeport de l’amant ».

     

    Mais ce n’est pas cette « collaboration horizontale » qui est la plus gênante pour l’image de marque de Chanel.

    D’autant que selon Edmonde Charles-Roux, auteure d’une précédente biographie, il est possible que l’une de ses principales missions fut de chercher à se rapprocher des Anglais pour trouver un compromis en vue d’un accord de paix séparé.

    Un objectif bien plus louable, logiquement mis en avant par le groupe Chanel pour réduire la portée de l’affaire.

     

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    En réalité, après avoir été arrêtée à la Libération, ce n’est que par l’intervention de son ami Winston Churchill qu’elle a pu être libérée sans encombres.

    Le plus préoccupant pour la marque Chanel reste l’antisémitisme de sa fondatrice.

     

    Un antisémitisme qu’Hal Vaughan affirme être « plus qu’un simple moyen de se faire bien voir par l’occupant ».

     

    Coco Chanel at the Ritz in the 1930s. Baron von Dincklage in Paris, 1935.



    « Férocement antisémite »

    Le groupe Chanel s’efforce de minimiser ces affirmations. Sans nier toutes les accusations, l’entreprise se borne à dire qu’une « part de mystère » subsiste autour du rôle qu’elle aurait cherché à jouer. Par contre, le communiqué se montre intransigeant sur la question de l’antisémitisme. « On ne peut pas laisser dire ça (…) Aurait-elle eu des amis d’origine juive parmi ses intimes ? ».

    Hal VaughanSoutient que Coco Chanel était
    antisémite  10/10/2013 -

    Une justification qui apparaît un peu fragile face aux arguments du journaliste.

     

    « J’ai 12 citations d’opinions antisémites de Coco Chanel dans mon livre », confie-t-il à RFI. Le livre sans concession écorne sérieusement la réputation de Coco Chanel, certains extraits sont même véritablement destructeurs :

     

    « elle devint riche en se faisant apprécier des très riches et partageait leur détestation des juifs, des syndicats, des francs-maçons, des socialistes et du communisme. Elle estimait après 1933 que Hitler était un grand Européen ».

     

    Pour l’auteur, il est donc normal que le groupe récuse les informations apportées dans son livre, mais il défie quiconque d’apporter des preuves que ce qu’il dit n’est pas vrai.

    Fortement liée à l’image de la marque, les révélations sur la personnalité de sa fondatrice, pourraient porter préjudice au groupe.

     

    Antisémite, collaboratrice convaincue, c’est une nouvelle égérie française qui est rattrapée par l’histoire, et avec elle, le mythe de « la France résistante »,

    déjà bien discrédité, qui s’éloigne un peu plus.

     

     

    http://www.rfi.fr/france/20110817-part-ombre-coco-chanel

     

     

     

     

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    COCO CHANEL

     

    Coucou Coco!:

    Coco Chanel...a powerful, influential woman:

     

    Coco Chanel, 1930. En quête d'un avenir dont elle refuse qu'il se limite à broder sur des draps de coton fin le chiffre d'heureuses élues qui ont croisé l'amour officiel, le soir elle tente sa chance là où d'autres feront basculer à jamais leur destin. La voilà poseuse sur la scène d'un caf' conc' où elle fait ses premières apparitions, silencieuses.

     

    Coco Chanel & Serge Lifar (1937) #CocoChanel Visit espritdegabrielle.com | L'héritage de Coco Chanel #espritdegabrielle:

     

     

    Coco Chanel, agent du Reich

     
    Aude Lancelin
    Paru l’an dernier aux Etats-Unis, «Dans le lit de l’ennemi», livre de révélations sur les années d’Occupation de la couturière, a fait l’effet d’une bombe. Le 4 octobre, cette biographie signée Hal Vaughan arrivera en France. Extraits exclusifs.

    On en savait déjà beaucoup sur la collaboration de Coco Chanel, son antisémitisme invétéré et sa tentative infructueuse d’évincer les frères Wertheimer du capital de sa maison. Paru fin 2011 aux Etats-Unis, , ancien grand reporter et vétéran de la Seconde Guerre mondiale, apporte pourtant les preuves qui manquaient encore au dossier – l’Américain ayant eu accès à des archives nazies récemment ouvertes au public. «C’est un vrai scoop, des pièces jamais produites», affirme , auteur de la biographie de référence sur Gabrielle Chanel, (Grasset, 1974).

     

    Coco Chanel 1930:

    Bien davantage qu’une «collaboratrice horizontale», amoureuse d’un agent allemand, comme certains veulent encore le penser avec indulgence, le livre met en scène une lionne irréparablement blessée par la vie, mais aussi extraordinairement dure, prête à tout pour sauver sa fortune et ses proches, y compris au pire : festoyer à Paris avec des délateurs de juifs, utiliser les lois d'ayrianisation contre ses rivaux en affaires, ou se rendre à Berlin en 1943 pour soudoyer un proche d'Himmler.

     

    Pro-allemande à la manière d'Hélène, la femme de Paul Morand,

    un des intimes de la couturière ? Pas exactement.

    Plutôt pro-Chanel, envers et contre le sort du monde entier.

     

    Ainsi que la créatrice de génie l’affirma un jour à l’écrivain dans une confidence extraordinaire aux échos presque sadiens, mêlant inextricablement les diktats de la mode à ceux de l’idéologie totalitaire : «Je veux être de ce qui va arriver. J’irai pour cela où il faudra. Je suis prête à crever sous moi des sociétés entières comme on crève un cheval».

    Reste à savoir le sort que cette biographie captivante, écrite sans excès d’acrimonie et encensée jusque dans l’exigeante New York Times Books Review, connaîtra en France, où l’on n’aime pas voir écorner les mythes quand ils sont aussi lucratifs. Les éditions Albin Michel s’attendent à un silence presque complet de la presse nationale sur le sujet.

    EXTRAITS:

    Chanel – jadis orpheline sans le sou, puis maîtresse d’un homme fortuné, devenue la grande dame de la mode – a gagné une fortune en libérant le corps des femmes pendant la guerre de 1914-1918. Maintenant, dans les premiers jours de ce conflit [en 1940], elle considère que la guerre est une affaire d’hommes. Mais elle lui offre également l’occasion de punir ses employées pour avoir osé faire grève, trois ans auparavant. Elle licencie près de 3 000 ouvrières : les couturières qui taillent les robes, les petites mains qui cousent chacun de ses modèles et les vendeuses qui s’occupent des boutiques. Ainsi se venge-t-elle de ces femmes déterminées qui, en 1936, avaient exigé de meilleurs salaires, des journées de travail plus courtes, et l’avaient chassée de ses ateliers et de ses boutiques. C’est une revanche contre les grèves massives provoquées, d’après elle, par le gouvernement SFIO de Léon Blum, soutenu, au début, par les communistes. [...] Pour Chanel, Blum et ceux qu’elle appelle «les politiciens juifs de gauche» sont des bolcheviks qui menacent l’Europe. Les convictions extrémistes de la styliste ont été affûtées au cours des années par ses amants – les hommes qui l’ont arrachée à la pauvreté et l’ont aidée à lancer sa carrière.

    En outre, Paul Iribe [amant de Chanel brutalement décédé en 1935] a alimenté sa phobie du judaïsme. Son antisémitisme se révèle tellement virulent qu’Edmonde Charles-Roux le considère comme «répugnant». Bendor [surnom du duc de Westminster, autre ancien amant] et ses célèbres diatribes antisémites y ont également contribué.

     

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    A 57 ans, Chanel se sent prête à tomber de nouveau amoureuse. Et voilà qu’en cette année tragique une nouvelle aventure s’annonce au moment où Dincklage, devenu un officier de haut rang dans l’armée d’occupation, entre dans sa vie et s’apprête à lui faire la cour. C’est la dernière grande histoire d’amour de Chanel. Il ne reste qu’un unique témoin vivant qui ait connu de façon intime cette romance au cours de la guerre. Gabrielle Palasse-Labrunie, 15 ans, rend visite à Auntie Coco lorsqu’elle rencontre le baron, fin 1941, dans Paris occupé. Elle se souvient : «Spatz[le surnom de Dincklage] était sympa, séduisant, intelligent, toujours bien habillé et agréable – il souriait beaucoup et parlait couramment français et anglais... Un bel homme, bien né. Il est devenu notre ami».

    Au cours des années suivantes, Dincklage va favoriser les relations de Chanel avec les dignitaires nazis à Paris et à Berlin. Il jouera de ses contacts au sein du haut commandement pour lui permettre de vivre au septième étage du Ritz. Un lieu de résidence pratique, car les entrées et les sorties de service donnent sur la rue Cambon, à quelques mètres de la boutique et de l’appartement luxueux du 31. La curieuse histoire mettant en scène un général allemand qui aurait reconnu une Chanel désespérée dans le hall du Ritz et lui aurait offert spontanément d’y loger semblerait n’être qu’une nouvelle affabulation de la créatrice. Seul Dincklage ou un autre personnage haut placé aurait pu lui obtenir une suite dans la Privatgast, la section réservée aux amis du Reich.

    L’occupant autorise Cocteau, Serge Lifar, le fameux danseur né en Ukraine, et René de Chambrun, le gendre de Laval, à fréquenter le Ritz. Ils y déjeunent et dînent, souvent à la table de Chanel. Ils côtoient Joseph Goebbels, l’ancien supérieur de Dincklage, et Hermann Göring. Chanel estime que «les Allemands sont plus cultivés que les Français. Ils se fichaient complètement de ce que faisait Cocteau parce qu’ils savaient que son œuvre, c’était de la frime». Notons le nom d’un autre invité et protégé de Dincklage : un certain baron Louis de Vaufreland [agent de la Gestapo]. L’hiver 1940-1941 se montre particulièrement rigoureux – mais beaucoup moins au Ritz. Chanel«s’affiche avec un serviteur du IIIe Reich et d’Hitler».

    A Berlin, Dincklage connaît un singulier honneur : il est reçu par Hitler et Goebbels, le ministre de la Propagande, son ancien supérieur lorsque Spatz était en poste à l’ambassade d’Allemagne à Paris, en 1934. Un rapport du contre-espionnage français sur cette réunion au sommet évoque son rôle crucial en France. Dincklage se réjouit de l’humeur triomphale qui règne à Berlin au cours de l’hiver 1941. La Wehrmacht a conquis l’Europe de l’Ouest et va bientôt s’emparer de la Yougoslavie et de la Grèce. En secret, Hitler planifie l’invasion de l’Union soviétique ; elle devrait intervenir au printemps.

    Nous ne savons rien des activités de Vaufreland à Berlin durant son voyage avec Dincklage. Cependant, un document des archives du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), les services de renseignements gaullistes à Londres, explique qu’après Berlin «Louis de Vaufreland a été envoyé en Tunisie. Il prétendait être alsacien et utilisait son alias de “Richmond”». Entre-temps, Vaufreland a gagné le titre de V-Mann : c’est un homme de confiance, l’agent no F-7667, nom de code «Piscatory». Dincklage organise alors une rencontre entre Vaufreland et Chanel. Cette première réunion semble si naturelle que Chanel ne réalise pas immédiatement que l’aventure qui va suivre a, en réalité, été planifiée par son amant et qu’elle va l’entraîner à travailler, de fait, pour les Allemands.

    Toujours aussi opportuniste, Chanel croit savoir comment manœuvrer dans Paris occupé et faire libérer son neveu André Palasse du stalag où il est interné. C’est un problème urgent. A Corbère, elle a appris qu’André avait peut-être contracté la tuberculose. Le renseignement militaire allemand va l’aider, mais il y aura un prix à payer. Chanel semble une cible parfaite pour les recruteurs allemands : elle a besoin de quelque chose que l’Abwehr [le service de renseignements de l’armée allemande] peut lui offrir et elle a des relations haut placées à Londres, en Espagne et à Paris.

    Vaufreland et Chanel forment, semble-t-il, une paire d’agents plutôt improbable. Le baron, dandy nonchalant, affiche ouvertement son homosexualité. Un rapport des Français libres de Londres le décrit en ces termes : «Trente-neuf ans, blond roux, un play-boy aristocrate ; alias connus : Pescatori [sic], marquis d’Awygo, de Richmond». Dans un autre document, on parle d’un«homosexuel grassouillet de taille moyenne et toujours impeccablement vêtu». Plus tard, un autre rapport de la France libre expliquera qu’au moment où il rencontre Chanel Vaufreland est déjà responsable de l’arrestation de résistants gaullistes travaillant clandestinement à Casablanca.

    Le supérieur de Vaufreland à l’Abwehr est un certain Neubauer qui intervient bientôt pour conclure le marché avec Chanel. Comme Dincklage, il s’habille en civil et parle un excellent français. Au cours du printemps 1941, Neu- bauer rencontre Vaufreland et Chanel dans la boutique de la rue Cambon. Neubauer assure à la créatrice qu’il l’aidera à faire libérer André si elle permet aux Allemands d’obtenir des informations politiques sensibles à Madrid.
    Dès 1941, l’Abwehr inscrit Gabrielle Chanel dans ses registres berlinois sous le nom d’agent F-7124, nom de code «Westminster».

    Chanel sait que les Allemands font respecter avec la plus grande rigueur les lois antisémites, en particulier celles touchant à l’aryanisation du commerce et des affaires. A la Noël 1941, elle explique qu’avec les nazis au pouvoir elle espère reprendre le contrôle de sa société, pour l’instant aux mains des Wertheimer, qui ont fui aux Etats-Unis. Chanel et Dincklage prévoient probablement que, si Hitler remporte la victoire – comme le croit le monde entier ou presque –, Chanel reviendra à la tête de la société des Parfums Chanel «aryanisée». Pour elle, la récompense serait incommensurable. A l’instar de nombre d’Anglais et d’Allemands, dont Bend’or, duc de Westminster, Chanel et son amant espèrent sans doute la signature d’une paix séparée entre Londres et Berlin. Avant-guerre, ils ont tiré profit du commerce avec l’Allemagne et ils veulent le voir restauré. Rares sont ceux qui ont oublié qu’Hitler a promis de remettre sur le trône le précédent roi devenu duc de Windsor. Or Edouard est un intime de Chanel. Avec le retour des échanges commerciaux entre les deux nations, les deux pays formeraient une force considérable et les parts de Chanel dans sa société deviendraient inestimables.

    Chanel est rassurée : l’Abwehr a rempli ses promesses quant à la libération de son neveu André. Comme promis, Vaufreland contacte alors l’un de ses amis, un dignitaire allemand, le prince Ernst Ratibor-Corvey. Celui-ci suggère à Vaufreland de présenter Chanel au Dr Kurt Blanke qui supervise l’aryanisation et la confiscation des biens juifs depuis ses bureaux de l’hôtel Majestic. Chanel va donc lui demander conseil.

    Dès le début de l’Occupation, Berlin a nommé Blanke, 40 ans, juriste et membre du parti, à la tête du bureau parisien responsable de l’Entjudung, l’«élimination de l’influence juive». Jusqu’en 1944, il jouera un rôle clé dans la spoliation des biens juifs et le transfert des commerces et entreprises juives dans d’autres mains.

    Chanel et Blanke se rencontrent à l’hôtel Majestic au début de l’hiver 1941-1942. Après cet entretien, elle pense qu’elle se rapproche de la victoire sur les Wertheimer et qu’elle va reprendre le plein contrôle des Parfums Chanel. Mais elle a lamentablement sous-estimé la clairvoyance et la finesse des deux frères. De longue date, ils ont conçu un plan pour sauver leurs affaires si les nazis mettaient la France à genoux.

    L’hiver 1943 est extrêmement rigoureux. Les températures chutent, la bise souffle sur Paris. L’humeur plonge en même temps que les thermomètres. L’image de l’ennemi, le bel et fier aryen défilant sur les Champs-Elysées en flirtant avec de jolies demoiselles, se transforme : il s’agit maintenant de soldats autoritaires, arrogants, trop âgés pour se battre sur le front russe. A la réticence résignée du Parisien succède le renoncement lugubre de l’occupé.

    A la fin de l’année, une franche hostilité se manifeste plus ouvertement. En 1943, un dignitaire nazi rapporte à Berlin qu’il n’est plus temps de nier «le rejet de tout ce qui est allemand» et l’espoir partagé par les Français «d’un effondrement imminent de l’Allemagne et d’une victoire alliée au cours de l’année». Dincklage et Chanel se demandent s’ils pourront échapper à la fureur de la Résistance. Les relations de Chanel avec les nazis, son antisémitisme virulent et sa déclaration : «La France a eu ce qu’elle méritait», faite lors d’un déjeuner sur la Côte d’Azur en 1943, sont enregistrés dans les dossiers des renseignements français de Londres. Ainsi Chanel, Jean Cocteau et Serge Lifar [nommé par Göring à la tête des ballets parisiens] sont-ils désignés à la vindicte. Dincklage sait sa vie menacée. Les agents clandestins britanniques et français travaillant en France et les Français libres de Londres possèdent des dossiers relatifs à ses missions sur la Côte d’Azur, à Paris et en Suisse. Sa coopération avec la Gestapo, les juifs qu’il a dénoncés en France et le fait qu’il ait rencontré un jour Hitler, tout est consigné. C’est désormais inévitable : Chanel et Dincklage subiront des représailles. Ils savent que le rideau descend sur leur petit monde.

     

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    Mais ils ont un plan. Elle doit rencontrer son vieil ami l’ambassadeur britannique sir Samuel Hoare, à Madrid. Il s’agit d’une répétition de sa mission madrilène avec Vaufreland, mais cette fois c’est une cause en laquelle elle croit. Chanel sait, grâce à Sir Samuel, qu’elle pourra correspondre avec le duc de Westminster à Londres via le réseau de communication de l’ambassade britannique à Madrid. Avec l’aide de Bend’or, elle espère informer le Premier ministre Churchill que certains dignitaires nazis voudraient renverser Hitler et cesser les hostilités avec laGrande-Bretagne.

     

    Churchill doit le comprendre : il serait désastreux que l’Allemagne tombe aux mains de l’Union soviétique.

     

    [Cette opération baptisée «Modelhut» mènera Chanel jusqu’à Berlin fin 1943, à la rencontre de Schellenberg, homme de confiance d’Himmler.]

    Depuis 1942, la couturière figure sur les listes noires officielles des Forces françaises de l’intérieur. En cette première semaine de septembre 1944, une poignée de jeunes FFI la conduisent devant un comité d’épuration.

    Les biographes de Chanel révèlent qu’elle méprise ces jeunes en bras de chemise, chaussés de sandales. Cependant, le groupe qui l’interroge ne sait rien de son travail clandestin ; ils ignorent tout de sa collaboration avec l’Abwehr ou de sa mission en 1941 avec Vaufreland à Madrid. En outre, ils ne connaissent pas son rôle clé dans la mission «Modelhut». D’après tous les récits, Chanel se sent plus insultée par la grossièreté et la conduite des FFI que par son arrestation. Après quelques heures d’un interrogatoire mené par le comité d’épuration, elle revient rue Cambon. Selon sa petite-nièce, Gabrielle Palasse-Labrunie, lorsque Chanel rentre chez elle, elle explique à sa fidèle Germaine : «Churchill m’a fait libérer».

    Bien qu’il n’y ait pas de preuve, Mme Labrunie et certains biographes de Chanel pensent que le Premier ministre [ami de la créatrice avant-guerre] est intervenu en personne pour la faire relâcher, par l’intermédiaire de Duff Cooper, l’ambassadeur britannique auprès du gouvernement provisoire de De Gaulle. Paul Morand écrit à ce propos que Churchill a ordonné à Cooper de«protéger Chanel». Germaine, la femme de chambre, s’est livrée à la petite-nièce de Chanel :

     

    «Après le départ de Mademoiselle de la rue Cambon, elle a reçu un message urgent [du duc] de Westminster» par l’entremise d’une personne inconnue qui lui a dit :

     

    «Ne perdez pas une minute,[...] quittez la France».

     

    Quelques heures plus tard, Chanel part dans sa Cadillac avec chauffeur en direction de la Suisse, et plus précisément de Lausanne.
     

    • Article paru dans le numéro 805 de Marianne, daté du 22 septembre 2012.

     

    La mode se démode, le style jamais. Coco Chanel:

     

     

     

     

     

     

     

    Coco  fashion#Coco-Chanel#Chanel:  

     

     

     

     

    Coco Chanel #CocoChanel Visit espritdegabrielle... | L'héritage de Coco Chanel #espritdegabrielle:

     

     

     

    Coco Chanel on her desk wearing her own design, photo by François Kollar, 1938:

     

     

     

    Coco Chanel 1938:

     

     

     

    http://www.marianne.net/Coco-Chanel-agent-du-Reich_a222982.html

     

    http://www.rfi.fr/france/20110817-part-ombre-coco-chanel

     

     

     

     

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