• Histoire de la "BONNE à tout FAIRE" au XIXème siècle

    servante en 1900
     
    Elle doit être levée à 6 heures, allumer le poêle, préparer les petits déjeuners, brosser les habits, cirer les chaussures, faire les chambres, porter les brocs d'eau dans les cabinets de toilette, descendre les ordures et monter le charbon, préparer le déjeuner, mettre le couvert, servir à table, remettre la salle à manger en ordre, et l'après-midi, nettoyer à fond une pièce, ou bien lessiver ou repasser.
     
     
    Etre domestique au XIXe siècle ne représentait pas toujours une sinécure.
    Mis à part les serviteurs de grandes maisons, qui passaient souvent toute leur vie au service du même maître, il existait des « bonnes » occasionnelles, souvent venues de la campagne ou de la province avec l'espoir de se placer plus aisément dans une grande ville, et de gagner davantage à Paris.
    Les patronnes demandaient beaucoup à la postulante, car la bonne à tout faire servait parfois aussi de femme de chambre.
     
    Ce n'était pas une petite affaire quand il fallait se débattre au milieu d'un fatras de jupes et de jupons, de guépières et de jarretières, et autres pièces compliquées d'habillement.
     
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    La tâche n'était pas facilitée si Madame était d'humeur impatiente, comme en témoigne cette intervention :
     
    « Julie, donnez-moi mes bas, mon corset et ma robe. Lacez-moi.
    Vous allez trop vite, le lacet est cassé ! Mettez une épingle à ma guimpe ; prenez donc garde, vous me piquez ! Faites chauffer le fer pour mes papillotes.
    Versez de l'eau dans la cuvette, et donnez-moi de la pâte d'amande pour me laver les mains. Attachez ma ceinture.!
     
    Préparez tout pour ma toilette, afin que je sois prête pour le dîner. >
     
    servante au travail en 1850
     
     
    Logée sous les combles
     
    Julie, qui sait faire la cuisine, coudre, racommoder, blanchir, repasser, tricoter, garder les enfants et servir de femme de chambre à Madame, représente donc la véritable bonne à tout faire, logée sous les combles, sans eau ni chauffage, et nourrie chichement.
     
    (La soupe est de rigueur le matin.)
     
    Si Madame est méfiante, ce qui est souvent le cas, les morceaux de sucre seront comptés dans le sucrier, on vérifiera le nombre de petites cuillers, elle vivra dans une atmosphère de suspicion souvent teintée de mépris.
     
    Madame l'appelle sèchement « ma fille ».
     
    conditions de travail des bonnes en 1850
     
    Monsieur, si elle est jolie, l'enveloppe du regard quand il ne l'engrosse pas, ce qui lui vaut d'être jetée à la rue sans ménagement.
     
    Cependant, il arrive quelquefois qu'une domestique adroite devienne la confidente de sa maîtresse, dont elle connaît tous les secrets.
     
    Et souvent, elle s'attache sincèrement à celle qui lui témoigne de la bonté.
     
     
    Eugène Atget, Petite chambre d’une ouvrière, rue de Belleville (1910)
     
    La journée d'une petite bonne
     
    Elle doit être levée à 6 heures, allumer le poêle, préparer les petits déjeuners,
    brosser les habits, cirer les chaussures, faire les chambres, porter les brocs d'eau dans les cabinets de toilette, descendre les ordures et monter le charbon, préparer le déjeuner,
    mettre le couvert, servir à table, remettre la salle à manger en ordre, et l'après-midi, nettoyer à fond une pièce, ou bien lessiver ou repasser.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Seuls les grands aristocrates, les riches particuliers peuvent se permettre le luxe d'entretenir un personnel nombreux :
     
    35 domestiques forment la maison parisienne du prince Murat en 1906
    (80 environ sont occupés, à l'aube de la Première Guerre mondiale, dans ses domaines d'Ile-de-France) ; de 15 à 20 chez les d'Harcourt en 1877.
     
     
     
    Les bourgeois aisés ont difficilement plus de 3 serviteurs.
     
    Le tout-venant de la bourgeoisie montante met son ambition à employer une domestique au nom éloquent :
     
    la « bonne à tout faire ».
     
    Au XIXe siècle comme sous l'Ancien Régime, le domestique est investi d'une double fonction : d'une part, il est un élément tangible de prestige social.
     
    C'est pourquoi tant de ménages consentent des sacrifices financiers disproportionnés à leurs revenus, pour pouvoir affirmer aux yeux de la société leur accession et leur appartenance à la bourgeoisie.
     
    Le rôle de représentation est naturellement beaucoup plus important, voire fondamental, quand la taille de la maison augmente.
     
    D'autre part, les domestiques ont une fonction éminemment utilitaire.
     
    Comme autrefois, c'est la totalité de l'entretien de la maison et des personnes qui leur est confiée.
     
    Suivant le niveau social, le travail sera réparti entre les domestiques suivant les services (bouche, appartement de réception et table, appartements privés et linge de maison, écurie et remises, plus les institutrices et gouvernantes)
    ou cumulé par la bonne.
     
    serviteurs en 1870
     
    Les qualités que l'on requiert n'ont pas changé.
     
     
     
    Un bon serviteur doit être discret.
     
    Il lui faut savoir conserver les secrets de la maison, et, mieux encore, s'employer à en apprendre le moins possible : fermer ses yeux et ses oreilles à tout ce qui ne ressortit pas au service, acquérir une impassibilité sans faille.
     
    Le serviteur cultivera l'art de se faire oublier, jouera les hommes invisibles. L'usage de la sonnette rendra ceci de plus en plus aisé.
     
    Autre vertu fondamentale : l'honnêteté.
     
    Le domestique doit veiller sur le bien de son maître comme sur un dépôt sacré.
     
    On ne saurait souffrir qu'il en distraie la moindre parcelle.
     
    L'obsession du vol prend une ampleur sans précédent dans ces foyers où l'on n'entretient une bonne qu'au prix de sévères privations.
     
    La suspicion se fait pesante : non contente de numéroter l'argenterie, la maîtresse de maison marque le niveau du vin dans les bouteilles, compte les morceaux de sucre...
    Face à cette méfiance, à des exigences toujours plus nombreuses, le domestique doit être d'une patience à toute épreuve, et supporter sans broncher remontrances, accusations, mépris, mauvais traitements.
     
     
     
    A la liberté de ton et de parole qui régnait encore au XVIIIe siècle, fait place un monologue de maître tout-puissant.
     
    L'usage de la troisième personne devient la règle générale pour s'adresser à celui-ci.
     
    Avec tout ceci, le domestique doit tout de même avoir le physique de l'emploi :
     
    sa force, son allure, sa constitution correspondront, dans la mesure du possible, à la fonction qu'on lui destine.
     
    La prestance et la beauté font donc toujours partie des critères de recrutement.
     
     
    Mais point trop n'en faut : on craint parfois la bonne trop jolie.
    L'exigence de propreté s'accroît, quand avance le siècle : propreté dans l'entretien de la maison, propreté personnelle surtout.
     
    Malgré des conditions d'hygiène rudimentaires (une cuvette et un broc d'eau), le domestique devra se laver plus régulièrement.
     
     
    Un bonnet couvre les cheveux des femmes ; pour servir à table, le port des gants blancs (cachant souvent des ongles noirs) est obligatoire, ainsi que celui d'un tablier propre.
     
    La bonne apprend ainsi à changer de tablier au hasard des occupations de la journée.
     
    Entré pour servir, le domestique doit être constamment disponible.
     
    La journée de travail est longue : de 15 à 18 heures.
     
     
    Mais il ne s'agit pas de perdre une minute, de se reposer ou de vaquer à des affaires personnelles.
     
    Dans la première moitié du xIxe siècle, on considère qu'il ne faut pas abrutir ses domestiques à force de travail, qu'un repos (judicieusement utilisé pour son instruction ou son éducation religieuse, ou quelque loisir profitable, comme le tricot) est salutaire.
     
    Après 1850, on ne connaît plus ces sortes de préoccupations.
    Le domestique est taillable et corvéable à merci et on attend de lui, et parfois on obtient, un dévouement absolu !
     
    Pour être plus à portée d'accomplir leur service, à toute heure, les domestiques sont logés par leurs maîtres, dans l'appartement même, ou à l'écart, dans les fameuses « chambres de bonnes » au dernier étage des immeubles.
     
    Dans l'appartement, un cagibi, un débarras, sans fenêtre le plus souvent, s'ouvrant sur la cuisine, lui sert de refuge.
     
     
    Il y a tout juste assez de place pour un mauvais lit de fer et une chaise.
     
    Encore est-ce là le confort ! Car bien des bonnes n'ont qu'un lit pliant dans la cuisine.
     
     
    On cite même des maîtres qui, le soir venu, disposent une paillasse dans le fond de leur baignoire, pour y faire dormir leur servante.
    Toute vie personnelle de la bonne est ainsi confisquée. On comprend que, si le choix est possible, celle-ci préfère encore le « sixième », malgré tous ses inconvénients.
     
    Avec les grands travaux d'urbanisme, le prix des terrains augmente.
     
    Dans les immeubles plus hauts, les appartements sont plus étroits.
     
    Aussi relègue-t-on les domestiques loin de l'intimité familiale, dans les chambres mansardées du dernier étage, accessibles par le seul escalier de service.
     
     
    Ces « sixièmes » ont provoqué de violentes diatribes, et laissé de tristes souvenirs par leur terrible inconfort.
     
    En l'absence de tout système de chauffage, l'eau gèle dans les brocs en hiver, mais en été, on étouffe sous les mansardes.
     
     
    Un faible jour perce au travers des lucarnes qui parfois ouvrent sur la rue, mais le plus souvent donnent sur les courettes des immeubles, courettes dont l'air est plus que vicié par les cuisines qui s'ouvrent aussi dessus.
     
    Dans les meilleurs des cas, un unique poste d'eau alimente l'étage, où l'on peut trouver jusqu'à plus de trente chambres.
     
    La rudesse des conditions de vie, le manque d'hygiène, l'insalubrité y sont tels que les sixièmes, véritables foyers de tuberculose, soulèvent de vives dénonciations de la part des médecins.
     
    La promiscuité qui règne à cet étage entre domestiques des deux sexes, dans des chambres fermant mal et séparées par de trop minces cloisons, achève de faire des sixièmes un monde physiquement et psychologiquement difficile à supporter, où se développent l'angoisse et les névroses.
     
     
    C'est cependant le seul lieu où les serviteurs peuvent jouir, pour quelques heures, d'un peu de liberté et de vie personnelle.
     
     
    En province, où les sixièmes existent peu ou pas, la condition domestique est encore plus dure.
     
    Les salaires sont très bas, surtout en province. Comme par le passé, ils sont réglés par l'usage, et liés à la capacité, au crédit du domestique et à son sexe. Remarquons qu'il s'agit bien maintenant d'un salaire, rétribuant une location d'ouvrage, et non plus de gages. A ce salaire proprement dit s'ajoutent le pourboire (de plus en plus interdit), les étrennes (1 mois à 1 mois 1/2 de salaire en 1900), les gratifications et cadeaux, plus les avantages reconnus : le don de vêtements, la vente des graisses et des cendres, le « sou du franc ».
     
    La nourriture fait partie des avantages en nature, mais, sauf dans les grandes maisons, elle est plus que médiocre et souvent insuffisante : soupe au déjeuner, pain, bouillon et desserte de la table des maîtres. C'est sur ce poste que l'on fait de sordides économies, afin de pouvoir s'offrir une servante nécessaire au prestige social.
     
    Ainsi voit-on des bonnes mourir de faim...
     
    Les conditions de travail sont très dures.
     
    Dans les grandes maisons, la répartition précise des tâches permet une moindre pesanteur du service.
     
    Mais pour la bonne à tout faire...
     
    Que l'on imagine ce que représente l'entretien d'une maison sans chauffage central en corvée de bois et de charbon, surtout aux étages les plus hauts d'immeubles sans ascenseur ; en corvée d'eau pour le nettoyage de l'appartement, la toilette, la cuisine, la lessive... quand l'eau courante n'existe pas.
    En l'absence de produits d'entretien performants, quel travail que de laver et frotter les parquets, astiquer les cuivres. Il faut faire la poussière, non plus superficiellement comme autrefois, mais dans les moindres recoins d'appartements croulant sous les tissus, encombrés de petits meubles et de bibelots en tous genres. Et puis, il y a la cuisine, l'enfer. Etriquée, sans autre aération que par une petit fenêtre sur cour, surchauffée par le fourneau et la lessiveuse, saturée d'humidité par les vapeurs et le linge qui sèche, et de la plus grande saleté.
     
     
    La cuisinière, la bonne à tout faire qui y passent leur vie, dans une atmosphère viciée, y attrapent le fameux « rhumatisme des cuisinières »,
     
    la tuberculose, s'y intoxiquent par l'oxyde de carbone, deviennent alcooliques
     
     
    Cette pénible condition matérielle se double d'une situation psychologique particulièrement difficile à vivre. La suspicion pèse à tout instant sur les domestiques. La crainte, la méfiance qu'éprouvent les maîtres s'accompagnent d'un mépris profond. Les serviteurs sont considérés comme des inférieurs, des sous-hommes. Ils sont porteurs de tous les vices, capables de tous les excès. On ne leur épargne ni les mauvais traitements, ni la tyrannie. Indispensables, ils n'en sont pas moins gênants. Tout l'effort du XIXe siècle tend donc à les occulter : ils sont dépersonnalisés par la confiscation fréquente de leur prénom, écartés le plus possible des lieux de vie, niés en tant qu'individus, privés de tout droit à la sensibilité et à une vie personnelle.
     
    Le domestique connaît, à l'intérieur même de la famille où il vit, la plus terrible des solitudes, dans une situation de dépendance totale.
     
    Il en résulte des anxiétés, des tensions, des difficultés d'adaptation génératrices de troubles mentaux (la « névrose des domestiques ») pouvant mener au suicide.
     
    Par réaction, et aussi par la force des choses, les domestiques ont, ou sont réputés avoir des moeurs assez libres. L'oisiveté dans certaines grandes maisons, la promiscuité des sixièmes, les traditions de la campagne (d'où sont issues les bonnes, en majorité) les favorisent.
     
     
    Le contraste est frappant (et mis en relief) avec l'apparente austérité de la bourgeoisie et de la noblesse provinciale.
     
    Apparente seulement :
     
    le « forçage » des jeunes bonnes est « presque une tradition dans certains milieux de province ».
     
     
    La dépendance sexuelle de la domestique semble s'accroître au cours du siècle.
     
     
    La bonne est ainsi soumise aux désirs de son patron, ou du fils de la maison (parfois sur l'instigation de la mère, qui choisit ainsi l'« initiatrice »). Une grossesse, vite survenue quand les méthodes contraceptives sont rudimentaires, provoque en général le renvoi, la misère, l'avortement ou l'infanticide, le suicide parfois, souvent la prostitution. Vers 1900, la moitié des prostituées sont d'anciennes servantes.
     
    Les maîtres ne sont pas les seuls responsables.
     
    D'autres domestiques, plus âgés, ou chargés du recrutement dans les grandes maisons, abusent de leur position, ou de la familiarité et des occasions nées du service.
     
     
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    La jeune bonne se laisse prendre à des promesses de mariage, qui n'aboutissent presque jamais.
     
    Dans les grandes villes existe en outre une homosexualité masculine et féminine. Tout ceci excite l'imagination des maîtres.
     
     
    On accuse les bonnes de pervertir les enfants qui leur sont confiés (des cas se sont produits ; les procès aidant, les esprits travaillent...).
     
     
    On voit se développer, autour de la tenue pourtant très simple de la servante, robe noire, tablier blanc et bonnet, un véritable fétichisme du tablier, dont la littérature se fait l'écho.
     
    Il arrive que la domestique parvienne à retourner la situation à son profit, et devienne la vraie maîtresse du foyer !
     
    Témoin et conséquence de la dépendance sexuelle des bonnes, l'importance du nombre de leurs enfants naturels : encore l'abandon, l'avortement, l'infanticide sont-ils fréquents.
     
     
     
    bonne chez les bourgeois
     
    Dans les maternités créées après 1850 pour recevoir les filles enceintes, la moitié au moins des reçues sont des domestiques.
     
     
    Quant à l'infanticide, fléau de la fin du siècle, on le voit augmenter considérablement à partir de 1862, date de la suppression des tours, sorte de guichets qui permettaient d'abandonner un enfant à l'hospice de façon anonyme.
     
     
    La montée de la bourgeoisie amène une modification profonde du monde des maîtres, dont l'un des traits marquants est l'effondrement progressif des maisons aristocratiques, celles qui donnaient le ton. Les grandes maisons, moins nombreuses au fil des années, réduisent leur train après 1870 : le personnel masculin diminue sans cesse, victime par ailleurs du progrès technique (il faut moins de serviteurs pour conduire et entretenir une voiture que pour s'occuper de plusieurs chevaux et carrosses). Parallèlement, le nombre de foyers de petite bourgeoisie, avec « une bonne à tout faire », s'accroît sensiblement. La féminisation de la profession ne peut être un facteur favorable à son relèvement.
     
     
    Le travail même change, et devient de plus en plus dur. La journée de travail s'allonge, avec le recul de l'heure du dîner de 17 heures, vers 1850, à 19 ou 20 heures, retardant ainsi le moment du coucher.
     
     
    Si la religion enseignait aux maîtres à laisser un juste repos au domestique, et à respecter certains jours fériés, ceci disparaît dans le souci, grandissant jusqu'à l'obsession, de rentabiliser au maximum le temps de travail des serviteurs :
     
    une demi-journée de repos par mois paraîtra suffisant à la fin du siècle.
     
     
     
    servante en 1920
     
     
    Ce n'est qu'après la guerre que l'on reviendra à un peu plus d'humanité.
     
    En même temps, la maîtresse de maison accroît son contrôle sur le travail effectué, tout en y participant de moins en moins.
     
    Là encore, c'est 1914 qui marquera un retour à un équilibre meilleur.
     
    Il n'est pas jusqu'au cadre de vie qui, en se modifiant, rende encore plus pénible la tâche de la bonne : nous l'avons vu, la cherté des terrains, favorisant une plus grande hauteur des immeubles, alourdit le travail domestique.
     
    Quand les ascenseurs existeront, la bonne continuera d'emprunter l'escalier de service.
     
     
    Au long XIXe siècle, avec la prise de conscience de l'isolement grandissant des servantes, du grave problème social et moral posé par leurs grossesses, on voit se multiplier les organisations charitables se chargeant de l'accueil et de la réinsertion des servantes malades, enceintes ou au chômage. Peu à peu, l'idée naîtra que pour répondre aux difficultés du placement, pour lutter aussi contre le chômage, il est nécessaire de former les domestiques.
     
     
    Les premières écoles ménagères apparaissent au début du XXe siècle.
     

    Curieusement, si les sociétés charitables tentent dès avant 1850 d'apporter une réponse à la détresse des servantes, l'Etat s'abstient de toute intervention jusqu'en 1914. La domesticité semble toucher de trop près à la famille pour qu'il s'y risque. Sans doute faut-il aussi considérer le manque d'intérêt électoral, la féminisation de la profession, et l'isolement de ces femmes dans les causes de cet immobilisme. En outre, la domesticité s'inscrit trop bien dans la société, et elle est trop mal organisée, pour se sentir révolutionnaire.
     
     
    C'est d'ailleurs avec un bon temps de retard sur le monde ouvrier, et une grande timidité que naît le syndicalisme des gens de maison :
     
    les premiers journaux datent de 1885-1886, la première chambre syndicale de 1886. Encore s'y intéresse-t-on essentiellement au problème du placement.
     
    Même les socialistes et les féministes attendront l'aube du XXe siècle pour enfourcher ce cheval de bataille.
     
     
    Ainsi le domestique reste-t-il, aux yeux de l'Etat, un oublié de la liberté, un oublié du progrès social. Politiquement, les serviteurs sont privés du droit électoral, jusqu'en 1848.
     
    Ils sont inéligibles aux conseils municipaux, exclus de la composition du jury, soumis à la contrainte du livret jusqu'en 1890 (officiellement aboli... en 1930).
     
    Socialement, aucune des grandes lois sur la protection ouvrière ne leur est applicable :
     
    - ni celle sur le travail des enfants et des femmes, ni celles sur les accidents du travail, le repos hebdomadaire, la limitation de la durée du travail, ni même celle sur le repos des femmes en couches
     
     
    (il faut attendre 1909 pour que la grossesse et l'accouchement ne soient plus causes légitimes de renvoi !)
     
    Même la loi du 2 novembre 1892 fixant à 13 ans l'âge limite d'embauche des jeunes ne s'applique pas aux domestiques : on peut employer un enfant à tout âge, pourvu qu'on lui permette de fréquenter l'école obligatoire.
     
     
     
     
    Le seul domaine dans lequel l'Etat ait réellement tenté d'intervenir est celui du placement, en réglementant les bureaux de placement, en luttant contre l'escroquerie à l'embauche par l'institution de bureaux municipaux gratuits, dans chaque arrondissement de la capitale. Mesures qui se soldèrent par un échec, les institutions municipales n'ayant jamais réussi à concurrencer sérieusement les bureaux de placement privés.
    Dans les années 1895-1896, une crise de la domesticité se manifeste : baisse du nombre des domestiques hommes et des nourrices, augmentation sensible de celui des femmes de ménage ; baisse de la qualité du recrutement (alors que la moitié des servantes ont entre 15 et 30 ans), hausse des salaires... L'opinion publique sensibilisée, les études sur la domesticité se multiplient. La guerre de 1914 marque la vraie rupture. Le nombre des domestiques baisse nettement. Les femmes, qui avec la guerre ont pris le chemin des usines et des ouvroirs, préfèrent finalement cela à la servitude.
     
    Les plus instruites trouvent un débouché plus rentable et moins contraignant dans les emplois de bureau.
     
    Après la guerre, les jeunes refusent d'entrer en condition : un travail trop dur, des contraintes trop fortes, pour un salaire trop bas, et surtout le manque de considération en sont cause.
     
    Le mépris est devenu insupportable.
     
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  • Commentaires

    1
    RATARATA%
    Mercredi 23 Mai à 15:17

    GHFYU

    2
    admirateur
    Lundi 22 Octobre à 11:05

    Bravo pour cet article ! qui serait parfait si vous citiez vos sources, historiques comme iconographiques. 

    3
    histoire
    Samedi 3 Novembre à 17:07

    oui, c'est bien mais citez les sources des oeuvres exposées ci dessus.

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